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  • : Je suis professeur d'histoire-géographie au collège Félix-Djerzinski de Staincy-en-France. Ce métier me rend malade et il fait ma fierté. Avant d'en changer, je dépose ici un modeste témoignage.
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2 septembre 2007 7 02 /09 /septembre /2007 15:44

V--lo-012.jpgCe matin, mon petit garçon est allé pour la première fois à l'école. Bien que presque tout le monde, dans sa famille, appartienne d'une façon ou d'une autre au monde de l'enseignement, cette nouveauté ne lui a pas plu. Les autres enfants n'ont pas pu ou pas voulu jouer avec lui ; la plupart le déçoivent parce qu'ils ne parlent pas encore ; seul un garçon plus âgé, dans la cour de récréation, l'a traité de "petit morveux". La dureté de cette expérience tranchait trop avec le confort amoureux de sa famille. Son anxiété, au moment où nous nous sommes séparés, et les larmes qu'il a ensuite versées parce que je tardais trop à passer le reprendre, m'ont beaucoup touché. 

Déprimé par la perspective de ma propre rentrée, je finis par me demander dans une bouffée de nihilisme à quoi sert tout ce bazar. Je sais que la maternelle est un peu l'enfant chéri de l'école française, son motif de fierté le plus communément invoqué ; et on ne peut pas nier qu'elle a au moins cet avantage de rendre assez tôt leur liberté de mouvement aux parents. Les petits écoliers apprennent en général quelque chose, mais beaucoup de ceux qui progressent à l'école auraient sans doute accompli ces progrès dans tout autre contexte, et pour ceux qui échouent à ce stade, une longue histoire d'humiliation commence. On dit aussi que la maternelle socialise les enfants ; ma mère, une institutrice, m'a souvent dit le respect que lui inspirait le travail de collègues qui, en trois mois, domestiquaient les petits animaux, et transformaient une marmaille indisciplinée et bruyante en une gentille classe qui récitait en choeur les comptines apprises. C'est vrai ; et cependant, ce travail est aussi une violence faite aux individus. Se lever tôt, se plier à des règles intangibles, accepter la promiscuité de personnes antipathiques, encaisser les méchancetés : grandir. 

Il faut beaucoup de conformisme pour accepter sans un peu de chagrin que les enfants s'engagent dans cet entraînement de longue haleine aux aspects les plus déplaisants de la vie adulte, dans ce chantier de conformation. Parfois, je suis assez raisonnable pour me dire que ce système est l'un des moins mauvais que l'on puisse concevoir. Mais pas toujours. Qu'en sera-t-il lundi, quand je reprendrai le chemin de mon collège de Saint-Denis, pour y retrouver mes collègues et préparer la rentrée imminente ?

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Published by Devine - dans Maternelle
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Monique 01/11/2007 17:35

Bien sûr qu'il y a du conformisme et de l'obéissance, bien sûr que dans une classe de 33 élèves, c'est difficile d'être attentif à tout ce que Louis voudrait dire, montrer, faire, bien sûr que les  enseigannts ne sont pas tous des modèles d'ouverture et de réceptivité..... Mais nous, les enfants et moi, nous sommes parfois heureux sans bornes, prenons des fous-rires, ressentons des émotions intenses et même nous nous manquons parfois pendant l'absence....

Devine 02/11/2007 09:44

Chère Monique,Comme vous l'avez, je pense, bien compris, ce post devait beaucoup à mon humeur du moment (qui était très sombre). Depuis, Louis et moi nous sommes bien habitués à la maternelle : il y va assez volontiers, je n'ai plus de scrupules à l'y laisser. Quand à ce que j'ai écrit sur l'école comme chantier de conformation, je le crois encore, mais je n'en fais plus un drame.Il y a une chose essentielle qui apparaît dans votre commentaire, et qui a été une grande découverte au cours de mes trois premières années d'enseignement en collège : l'affection que l'on porte à ses élèves est une condition de la transmission. Ce n'est évidemment pas une condition suffisante, mais je me suis persuadé que beaucoup d'élèves apprennent mieux s'ils sentent de la part de l'enseignant un intérêt sincère, une empathie, un peu d'amour d'enfin. Louis va à l'école les lundi, mardi, jeudi et vendredi ; il va au centre de loisirs le mercredi. Les locaux sont les mêmes, les activités ne diffèrent pas fondamentalement, et on retrouve les mêmes visages d'élèves. Mais le mercredi, la "maîtresse", c'est Sylvie, qui adore les enfants et le leur montre par mille attentions et gestes affectueux ; alors que le reste de la semaine, c'est Marie-Hélène, qui est peut-être une excellente pédagogue, mais qui, humainement, est un iceberg. Le comportement de Louis est totalement différent selon les cas et, même si je peux me tromper, j'ai l'impression qu'il en apprend beaucoup plus le mercredi, alors que les objectifs pédagogiques de cette journée sont moins élevés.Mes collégiens, eux aussi, réclament de l'amour. "Msieu Machin y nous aime pas", se plaignent mes élèves de quatrième." Je leur réponds : "Msieu Machin n'a pas d'importance. C'est votre professeur de français -et le français, ça, c'est important. Alors au travail." "Mais Msieu", reprennent-ils, "on apprend quand même mieux avec les profs qui nous aiment." Voilà. Je trouve votre site absolument formidable. J'avais décidé de ne pas mettre de liens sur mon blog, mais je reviens sur cette décision.