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  • : Je suis professeur d'histoire-géographie au collège Félix-Djerzinski de Staincy-en-France. Ce métier me rend malade et il fait ma fierté. Avant d'en changer, je dépose ici un modeste témoignage.
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10 septembre 2007 1 10 /09 /septembre /2007 22:38

La rentrée se passe bien. L'équipe administrative de l'an dernier est restée en place ; après quelques tâtonnements, ils semblent être au point. Désigné chef des enseignants d'histoire (en l'absence d'autres candidats), j'ai réussi à obtenir de l'intendant la commande de deux rétroprojecteurs -ce qui est constitue un succès sans précédent. Mes classes ont l'air gérables, voire mieux : avec la sixième et la cinquième, je pense pouvoir faire mon métier. Quant à mon emploi du temps, il est parfait, même si le principal m'a clairement laissé entendre qu'il attendait qu'en contrepartie j'assume quelques corvées parascolaires. J'ai même le privilège assez rare d'avoir une salle à moi, alors que l'an dernier, je cavalais entre cinq locaux plus minuscules et plus déprimants les uns que les autres. Même la réunion de rentrée du SNES ne semble pas avoir donné lieu à l'enthousiasme escompté. On devrait pouvoir travailler.

J'ai retrouvé avec beaucoup de plaisir certains de mes élèves de l'an dernier -j'avais même envie d'en prendre quelques-uns dans mes bras. Je crois d'ailleurs que l'affection est réciproque car ils m'ont salué à grands cris dès le jour de la rentrée. C'est l'un des bénéfices de ce métier que de se sentir -parfois- -un peu- aimé. Pendant les vacances, les enfants ont grandi, leurs peaux ont foncé au soleil du bled. Quelques voix muent. Pour eux en revanche, je dois être absolument immuable, à l'exception d'infinitésimales variations dans ma coupe de cheveux. Il n'y a que moi pour sentir que je vieillis.

Voilà trois ans que je travaille ici : je commence à être une figure locale. Quand je traverse la cité qui se trouve entre l'établissement et la plus proche station de métro, il arrive que des gamins que je ne connais pas m'interpellent : "Ouah, msieu Devine !" Ils m'ont croisé dans les couloirs du collège, ou bien ils ont entendu parler de moi par un cousin qui a subi mes cours. Je fais partie de leur panorama (alors qu'à mon arrivée, il est probable qu'il me percevait au mieux comme un personnage fictif, n'ayant pas beaucoup plus de substance que ceux que l'on voit traverser le poste de télévision, au pire comme un intrus). A mon arrivée à Félix-Djerzinski, j'avais eu une très intéressante conversation avec une collègue qui terminait là sa longue carrière passionnée. Elle m'avait dit en substance : "Pour la plupart de tes élèves, tu es l'étranger : tu n'as certainement pas choisi de te trouver ici, tu vis ailleurs, tes origines sont différentes, tu ne parles pas comme eux, tu leur parles de choses qui n'existent absolument pas dans leur quotidien. Ton but, comme professeur, c'est de les inviter à traverser la frontière." Je ne sais pas si j'ai réussi à être ce passeur, mais il semble que les élèves m'aient adopté dans une certaine mesure : à moi, ils m'ont fait passer la ligne.

 

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Published by Devine - dans Être prof
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