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  • : Je suis professeur d'histoire-géographie au collège Félix-Djerzinski de Staincy-en-France. Ce métier me rend malade et il fait ma fierté. Avant d'en changer, je dépose ici un modeste témoignage.
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10 novembre 2007 6 10 /11 /novembre /2007 18:37
J'ai lu cet article sur le blog Everybody's weird. Il m'a fait monter les larmes aux yeux. Avec la permission de son auteur, je le cite en totalité.



Ma grand-mère paternelle venait du Béarn, cette province où les villages sont des pays et où le soleil rasant de fin d'après-midi accroche la lumière des contreforts pyrénéens comme dans un de ces tableaux inépuisables de la Renaissance Flamande.

Elle était institutrice ; mon grand-père l'aurait courtisée sur les routes de l'exode de 1940. Après la guerre, on lui assignait une école primaire dans cette Normandie étrange de plaines fertiles. Elle y enseigna de longues années, avant de revenir terminer sa carrière chez elle, dans ce hameau où son mari la suivit, construisit de ses propres mains la maison où bien plus tard elle mourut, et eut l'étonnant courage (...) de changer complètement de métier pour devenir le premier et le seul artisan taxi/ambulancier à trente kilomètres à la ronde. Son "affaire" existe encore aujourd'hui.

Cette lettre de 1952, adressée à ma grand-mère, est restée encadrée et accrochée en évidence dans le salon durant les dix ou quinze dernières années. J'ignore si elle a tout le temps été là, ou si on l'a retrouvée au sein de quelque dossier d'archives après son décès. Malgré sa pomposité maladroite et datée, c'est un texte qui me paraît touchant, le reflet fidèle d'une certaine image (perdue ?) de la France et de l'école publique. Surtout, elle me paraît belle, de cette beauté inégalable qu'ont les sentiments humains profonds.

(Ici, il y avait une superbe photo de la lettre en question, prise dans son cadre de bois à la lumière du couchant. Elle s'est curieusement effacée au fil du temps : d'abord visible en grand format, elle s'est ensuite affichée par intermittence, avant de disparaître d'ici, et de son site originel. Je n'ai pas compris pourquoi. Le texte, lui, est heureusement resté.)

R**, le 13-0[?]-[19]52

Chère Madame,

Je viens vous remercier pour le dévouement que vous avez eu à mon égard les années où j'ai fréquenté votre classe. Je sais que je vous ai fait bien souvent la tâche difficile car je ne suis une enfant (sic) et je n'ai pas toujours répondu au désir que vous aviez de me voir travailler de façon appliquée et soutenue. Je vous demande de bien vouloir oublier tout cela pour ne plus penser comme moi, qu'au couronnement de vos efforts.

J'ai subi avec succès les épreuves du concours et je tiens à vous dire merci de tout coeur à vous qui avez été l'artisan de cette réussite. Merci de ma part et merci de la part de mes parents qui vous avaient confié tous leurs espoirs. Je serais très heureuse si vous acceptiez ce cadeau en souvenir de [moi?]. Je souhaite que d'autres élèves viennent à leur tour chaque année vous apporter ce même gage de leur reconnaissance afin que votre carrière se continue aussi brillante.

Pour terminer cet aimable entretien permettez, Madame, que je vous embrasse de tout coeur en vous [réitérant ?] mes remerciements et mes sentiments les plus respectueux.

Votre élève, X.

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Published by Devine - dans Être prof
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commentaires

shakti 11/11/2007 10:02

Je suis toujours étonnée de voir à quel point mes élèves m'adorent une fois qu'ils ne m'ont plus comme prof ;-) Tout récemment, une élève que j'ai eue il y a deux ans en seconde me saute au cou dans la rue, alors que j'avais passé une année à la pourrir en cours... Une collègue a récemment reçu la visite d'un troupeau d'affreux venus lui faire leurs amitiés (j'enseigne en ZEP, je précise), alors qu'ils ne l'ont eue que deux semaines : elle était partie en congé maternité... Il est étrange ce phénomène de la trace qu'on laisse vs ce qui se produit réellement avec les gnomes.Amitiés.

Devine 11/11/2007 17:07

J'ai eu la même surprise que vous en début d'année. C'est assez difficile à comprendre. Mais je crois que les élèves font assez bien la différence entre les profs sévères et les profs aigris ou haineux. Et ils pardonnent pratiquement tout aux premiers, parce qu'ils savent bien au fond que les punitions données par ceux-là ne sont pas sans raison. Le temps de prescription, dans ce domaine, est souvent très court ; un week-end, quinze jours de vacances, un peu d'éloignement.    Enfin, je fais des généralités : il y a aussi, parmi les élèves, des individus rancuniers ou haineux.

profesvt 10/11/2007 20:41

Papi Armand  , vous êtes fatigué , vous commencez à radoter ! Il n'est pourtant même pas 21 h ! Allez , une bonne soupe chataignes -potiron et au dodo ! Amitiés  ;-)

Devine 10/11/2007 21:15

Chère profesvt, j'ai supprimé le doublon d'Armand. C'était sans doute dû à l'émotion inspirée par ce texte !

Armand 10/11/2007 20:20

Cher Devine,
Si, comme pour le malheureux Professeur Carbure (voir son article "La nouille"),
http://professeurcarbure.fr/dotclear/index.php
certains enseignants peuvent laisser de très mauvais souvenirs, il en est d'autres dont le dévouement et le sens de la pédagogie peuvent faire basculer une vie.
Plus l'endoctrinement (*) a lieu jeune et plus il est efficace.
C'est ainsi qu'un prof de physique en début d'humanités m'a fait opter pour la physique alors que, gamin, je ne savais pas encore très bien que faire dans la vie...
Vingt ans après, à la suite de la lecture d'un de ses ouvrages, je me suis permis de contacter un Professeur d'une université française que je ne connaissais pas (en 1977). Il m'a expliqué dans une longue lettre manuscrite ce que je n'avais pas compris et nous sommes restés amis, même après sa nomination comme recteur dans une école d'ingénieurs et son éméritat plus tard... Il m'envoie encore chaque année ses bons voeux avec des photos de ses petits enfants.
Si je n'avais pas rencontré ces deux personnes, ma vie aurait été bien moins passionnante.
Cher Devine, tu vois qu'il ne faut jamais désespérer, même si certains de tes élèves ne semblent pas toujours être intéressés par ton cours!
Amitiés
P.S. Si je ne donne pas de détails, c'est volontaire. Autrement, je perdrais mon anonymat presque à coup sûr.
(*) Endoctrinement est pris ici dans le sens de "Enseignement, instruction" et n'est pas péjoratif ici!

Devine 11/11/2007 17:01

Cher Armand,Le texte du professeur Carbure est très intéressant.Je me souviens, moi aussi, de quelques professeurs remarquables. Celui qui m'a le plus marqué est le professeur de sciences naturelles qui m'a accompagné tout au long de mes quatre années de collège (à cette époque, il n'y avait pas encore de "SVT"). Il s'appelait M. Pauwels -je le dis parce que c'est un nom assez courant, particulièrement dans le Nord d'où je viens, et que je ne risque en le citant de nuire à la vie privée de personne ; mais écrire son nom est une façon de lui dire ici à quel point j'ai aimé ses cours. Dans le magma de souvenirs brumeux et imprécis que m'ont laissé les pénibles années de l'adolescence, il m'a laissé quelques images très vives. Je me souviens aujourd'hui encore, à plus de 20 ans de distance, du cours où il nous avait expliqué pourquoi les algues n'ont pas toutes la même couleur -et c'est tout de même un bel exploit que d'être parvenu à me passionner avec un sujet pareil. Je me souviens de l'excursion qu'il avait organisée pour aller chercher des fossiles dans une carrière de calcaire et de ma jalousie envers ceux qui avaient découvert des ammonites et d'autres merveilles, alors que je ne trouvais que d'insignifiantes petites crottes. Je me souviens, à l'inverse, de ma fierté débordante lorque, à l'occasion d'une autre sortie en bord de mer, à Wissant, j'avais déniché une sorte de long ver où il avait reconnu un specimen de Nereis virens ; et je l'avais ramené au collège comme un trophée inestimable, sans me rendre compte que la bestiole était en train de crever dans le sachet plastique percé où je l'avais emprisonnée. Je me souviens de l'enguelade monumentale et de l'heure de colle qui avait marqué mon deuxième cours avec lui, parce que j'avais représenté une feuille d'érable d'une façon qui ne lui convenait pas : il imposait son autorité, sur un mode certes un peu rude. Je me souviens de la fois où il m'avait soupçonné d'avoir triché sur mon voisin, et du travail de fou que j'avais accompli pour lui prouver le contraire. Je me souviens des phasmes qui s'échappaient de leur vivarium et déambulaient entre les trousses, provoquant de petits cris effarouchés des filles. Mon coeur battait quand j'entrais dans sa salle gardé par un squelette et pleine d'objets étranges, où je me sentais comme dans la maison d'un sorcier. Merci, M. Pauwels, merci ! Longue vie à vous !