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  • : Je suis professeur d'histoire-géographie au collège Félix-Djerzinski de Staincy-en-France. Ce métier me rend malade et il fait ma fierté. Avant d'en changer, je dépose ici un modeste témoignage.
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25 janvier 2008 5 25 /01 /janvier /2008 23:24

Mon fils n'a que quatre ans, mais il est meilleur historien que moi.

Louis. -Papa, on joue aux Indiens ?
Moi. -Tu veux dire les Indiens qui vivaient à l'époque des cow-boys ?
Louis, d'un ton un peu irrité. -Non. Ils vivaient à l'époque des Indiens. Ils vivaient à leur époque.

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15 octobre 2007 1 15 /10 /octobre /2007 00:27

Je me trouve sur le quai du RER. Un petit groupe s'arrête à côté de moi : deux femmes, trois enfants. Je ne parviens pas à déterminer le lien entre eux. L'un des enfants, un petit garçon de sept ou huit ans, porte un survêtement flambant neuf. Il voudrait bien retrousser ses manches, mais il n'y arrive pas. L'une des deux adultes s'approche de lui, constate que le tissu est un peu décousu et s'enerve. "Oh, mais qu'est-ce que t'es con comme môme ! On t'a fini à la pisse, c'est pas possible autrement !" A voix basse, le gamin essaie poliment de se justifier. "Ta bouche !" lui répond la mégère. "Ta bouche !" Et elle s'absorbe dans une conversation avec l'autre femme, non sans jeter, de temps à autre, une insulte à l'enfant pétrifié sur le quai.

Quel élève, quel être humain peut devenir celui qui subit de telles humiliations ? Et comment ai-je pu être assez lâche pour ne pas intervenir ?

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9 octobre 2007 2 09 /10 /octobre /2007 21:25

Aujourd'hui, c'est moi qui suis allé chercher Louis à l'école maternelle. Comme nous traversons le hall, je lui demande :
"Alors, Louis, qu'est-ce que tu fais dans cette salle ?
-De la mo-tri-ci-té", me répond-il, sérieux comme un pape.
Estomaqué, je relance : "Ah bon ? Et qu'est-ce que c'est, la motricité ?
-On fait une ronde, on met de la musique et on danse."

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7 octobre 2007 7 07 /10 /octobre /2007 23:57

T--l---copie-1.jpgCe week-end, petite virée en province avec ma femme et mon fils. A l'hôtel, il y a évidemment une télé dans la chambre, et Louis veut voir les dessins animés. J'en regarde dix minutes avec lui. Je suis atterré par la bêtise, la violence, la laideur surtout de ce programme ; il est pourtant spécialement destiné aux enfants, et nous sommes sur le service public. Louis paraît fasciné par ce qu'il voit, et je dois, après avoir essayé de négocier, éteindre d'autorité. J'avais l'impression qu'il était en train de prendre du poison, du poison sucré.

Quand je dis à mes élèves que je n'ai pas de télévision chez moi, leur réaction est toujours à peu près la même : "Hein ? Mais c'est pas possible ! Qu'est-ce que vous faites le soir ?" (Pour être juste avec eux, j'ai déjà observé la même réaction chez certains de mes collègues). Je leur réponds que je lis, que je regarde des DVD sur mon ordinateur, que je joue avec mon fils, mais ils ne paraissent pas très convaincus ; je suis tout bonnement anormal. Souvent je me suis dit qu'une bonne partie de nos problèmes venaient de là : après avoir bataillé toute la journée avec leurs professeurs, les élèves rentrent chez eux la tête lourde et pratiquent un bon lavage de cerveau en allumant leur poste. Le foot leur fait oublier les maths, les jeux effacent la grammaire, la pub balaie les sciences physiques, les séries annulent les efforts du prof d'histoire-géo. Ce n'est pas de la détente, c'est de la purge. La télé est un anti-précepteur. Et son influence est telle que les salles de cours sont souvent polluées par son apport : la formule "J'ai vu à la télé que..." est prononcée au moins une fois à chaque cours, et elle introduit presque toujours une énormité. 
La consommation moyenne de télévision est de 3 h 38 chez les Français, et je n'ai aucune raison de la supposer inférieure chez mes élèves, bien au contraire. Or 80 % de mes élèves ont une télévision dans leur chambre. Les parents, quand on pointe ce fait, paraissent presque toujours surpris qu'on en fasse un problème. On est bien chez les pauvres.

Je me demande comment Louis, en grandissant, vivra l'absence de télé chez lui. Peut-être qu'il parviendra, à force de supplications, à nous convaincre d'en acheter une ; alors nous aussi nous nous avachirons devant des programmes dont nous penserons qu'ils sont stupides mais drôles, et que nous les voyons au second degré. Peut-être que ce sera une source de bagarres avec ses camarades-"Ouah, le clochard, il a même pas de télé chez lui, trop la honte !" Peut-être que des amis l'inviteront chez eux à savourer clandestinement les émissions préférées de sa génération, et le secret l'éloignera de nous. 
Quand il était plus petit, j'avais rêvé d'une école d'enfants atéliques, dont les parents auraient tous fait le même choix que nous. Le niveau aurait sans doute été excellent, mais il fallait craindre les attaques de citoyens téléphages offensés par notre démarche. Et les élèves rebelles se seraient sans doute rassemblés dans les chiottes pour regarder TF1 sur leurs portables. On ne peut se détacher de cette emprise.

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3 octobre 2007 3 03 /10 /octobre /2007 15:26

Le petit Raphaël est entré en maternelle il y a un mois. Sa maman demande à la maîtresse comment les choses se passent.
"Oh là là, il aime trop les livres cet enfant. C'est pas possible madame, il faut faire quelque chose. Dès qu'on le laisse faire, il va à notre petite bibliothèque et se met à tourner les pages. Il aime trop les livres.
-Mais Madame" répond la mère "c'est pour ça que je l'envoie à l'école : pour qu'il apprenne à aimer les livres. Autrement, de mon point de vue, il peut aussi bien retourner au pays, garder les vaches."

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2 septembre 2007 7 02 /09 /septembre /2007 21:53
Le premier contact de Raphaël avec l'école, tel que raconté par sa maman. Cela fait six mois qu'on lui en parle. Le jour de la rentrée, très ému, il se lève une heure plus tôt que d'habitude pour choisir avec soin les vêtements qu'il portera. Il se passe un peu de gel dans les cheveux. Sur le chemin de l'établissement, il ne dit pas un mot. C'est seulement quand il arrive dans la salle de classe qu'il s'exclame, en repérant l'institutrice : "Alors c'est toi, ma maîtresse !" Et celle-ci lui répond : "Tu peux m'appeler Pascale. Va jouer avec les autres."  
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2 septembre 2007 7 02 /09 /septembre /2007 15:44

V--lo-012.jpgCe matin, mon petit garçon est allé pour la première fois à l'école. Bien que presque tout le monde, dans sa famille, appartienne d'une façon ou d'une autre au monde de l'enseignement, cette nouveauté ne lui a pas plu. Les autres enfants n'ont pas pu ou pas voulu jouer avec lui ; la plupart le déçoivent parce qu'ils ne parlent pas encore ; seul un garçon plus âgé, dans la cour de récréation, l'a traité de "petit morveux". La dureté de cette expérience tranchait trop avec le confort amoureux de sa famille. Son anxiété, au moment où nous nous sommes séparés, et les larmes qu'il a ensuite versées parce que je tardais trop à passer le reprendre, m'ont beaucoup touché. 

Déprimé par la perspective de ma propre rentrée, je finis par me demander dans une bouffée de nihilisme à quoi sert tout ce bazar. Je sais que la maternelle est un peu l'enfant chéri de l'école française, son motif de fierté le plus communément invoqué ; et on ne peut pas nier qu'elle a au moins cet avantage de rendre assez tôt leur liberté de mouvement aux parents. Les petits écoliers apprennent en général quelque chose, mais beaucoup de ceux qui progressent à l'école auraient sans doute accompli ces progrès dans tout autre contexte, et pour ceux qui échouent à ce stade, une longue histoire d'humiliation commence. On dit aussi que la maternelle socialise les enfants ; ma mère, une institutrice, m'a souvent dit le respect que lui inspirait le travail de collègues qui, en trois mois, domestiquaient les petits animaux, et transformaient une marmaille indisciplinée et bruyante en une gentille classe qui récitait en choeur les comptines apprises. C'est vrai ; et cependant, ce travail est aussi une violence faite aux individus. Se lever tôt, se plier à des règles intangibles, accepter la promiscuité de personnes antipathiques, encaisser les méchancetés : grandir. 

Il faut beaucoup de conformisme pour accepter sans un peu de chagrin que les enfants s'engagent dans cet entraînement de longue haleine aux aspects les plus déplaisants de la vie adulte, dans ce chantier de conformation. Parfois, je suis assez raisonnable pour me dire que ce système est l'un des moins mauvais que l'on puisse concevoir. Mais pas toujours. Qu'en sera-t-il lundi, quand je reprendrai le chemin de mon collège de Saint-Denis, pour y retrouver mes collègues et préparer la rentrée imminente ?

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