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Je suis professeur d'histoire-géographie au collège Félix-Djerzinski de Staincy-en-France. Ce métier me rend malade et il fait ma fierté. Avant d'en changer, je dépose ici un modeste témoignage.

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Pour une école de la responsabilité

L'école française est laïque, c'est entendu. Le dogme et les croyances sont soigneusement tenus à ses marges. Mon expérience de professeur m'amène pourtant à penser qu'elle est fondée sur des paradigmes religieux et, plus précisément, catholiques.

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Des enseignants missionnaires

Pour les enseignants comme pour les missionnaires d'autrefois, il existe un souverain bien. Pour les pères blancs, c'était le Christ. Pour les enseignants d'aujourd'hui, c'est la connaissance, l'éveil intellectuel. Notre métier a le même but que leur sacerdoce : il s'agit d'imposer l'acceptation de ce que nous définissons comme le bien à des esprits dont, très souvent, les valeurs sont tout autres. Cette prédication comporte son lot d'implicites. Le savoir, que nous exaltons, a une valeur et peut une fois acquis être monnayé d'une façon ou d'une autre : ceux qui travaillent auront un beau métier, gagneront de l'argent et connaîtront des positions élevées au sein de la société. Telle est la récompense que les sujets méritants peuvent espérer dans "l'autre vie", celle d'adulte : l'application permet d'acquérir le savoir, qui confère à son tour le pouvoir (inutile de souligner la fausseté de ce raisonnement, que l'immense majorité des professeurs a pourtant été amené à formuler à voix haute devant sa classe pour la motiver).

En revanche, l'élève qui refuse explicitement d'admettre ces vérités révélées est perçu comme un être mauvais. On se préoccupe de lui, on voudrait bien le convertir, ne serait-ce que parce qu'il représente un dangereux exemple de subversion ; mais les sentiments qui nous animent à son égard sont bien souvent une rage impuissante et, disons-le, une haine et un mépris qui s'expriment dans les propos de table et conversations de machines à café ("Quel con, ce Machin"). La foi, cette foi qui est la nôtre et que nous nous sommes engagés à propager, nous interdit de nous désintéresser entièrement de lui ; de toute façon, l'institution le retient par la chaîne élastique de l'obligation scolaire : il est là, gênant comme un païen acharné à défendre, agressivement ou par la seule force de sa passivité, ses méprisables idoles.

Points de dogme

On connaît ces trois slogans: "égalité des chances" ; "élève au centre du système" ; "apprendre à apprendre". Ils sont centraux dans les politiques scolaires actuelles. Chacun d'eux, cependant, peut facilement être interprété dans ce sens religieux.

L'égalité des chances, c'est celle que confère l'annonce de la Bonne nouvelle pédagogique, dispensée par des milliers d'enseignants/prédicateurs. Et de même que la simple proposition de la foi a rapidement été remplacée par l'obligation de s'y rallier dans les pays où le christianisme était devenu religion officielle, l'égalité des chances est aujourd'hui tout autre chose qu'une répartition équitable des efforts consacrés à chaque élève : c'est, au fond, un désir d'égalisation sociale, qui est d'autant plus exacerbé, chez certains de nos collègues, qu'il est totalement irréalisable et totalement irréalisé.

"L'élèvocentrisme" rappelle l'image d'Adam, placé au centre du paradis terrestre et nommant animaux et plantes ; cette notion a quelque chose, aussi, de la cosmologie de Ptolémée. On ferait bien de remarquer que ce n'est pas parce que quelque chose est au centre d'un ensemble qu'il en est nécessairement le point le plus important : les fidèles sont au centre de l'Église, mais l'essentiel, c'est Dieu, bien évidemment. De la même façon, la centralité prétendue de l'élève est battue en brèche par le fait qu'il est obligé de fréquenter l'école jusqu'à 16 ans et que le cursus qu'il suivra au sein de cette école est quasiment unique, ce qui nie sa faculté de choisir et toute son individualité : le "centre", c'est en l'occurrence une place assignée dont il est illicite de chercher à bouger. Ainsi la sollicitude que l'on témoigne aux élèves paraît bien suspecte, car il se pourrait que le dispositif au centre duquel il se trouve ne soit autre chose que l'entonnoir où l'on déversera fractions, conjugaisons et repères chronologiques afin qu'ils aboutissent dans leur cerveau, en un bourrage de crâne bien intentionné mais finalement inefficace.

Enfin, apprendre à apprendre à apprendre, c'est évidemment l'objectif ultime du missionnaire à l'égard de ses ouailles : il ne sera pas toujours là pour sauver leur âme, et il faut placer en eux un corpus de valeurs et de convictions suffisamment solide pour qu'ils puissent faire face de façon autonome à toutes les situations (et s'abstenir de pécher). Par ailleurs, en raison de l'ambivalence du verbe "apprendre" en français, le slogan peut tout aussi bien se comprendre comme "apprendre à enseigner", et c'est peut-être là, en définitive, le but inavoué auquel travaillent les salariés de l'Éducation nationale : former la future génération de profs, tout comme autrefois, selon une logique de perpétuation qui est celle de toute administration, les pères des écoles chrétiennes destinaient leurs sujets les plus méritants à la carrière ecclésiastique.  

En toboggan

Qu'on me comprenne : je ne veux, en aucun cas, faire l'éloge de l'ignorance ; je voudrais simplement dire un mot en faveur de la liberté. Cette notion est souvent récusée, dans le cas des élèves, au motif qu'ils sont trop jeunes pour vraiment choisir. Ce n'est peut-être pas faux, mais cela a in fine cet effet pervers qu'on les habitue à ne pas choisir et ainsi, à reporter à une date indéterminée (mais très tardive) la prise de conscience de ce qu'ils sont des individus responsables d'eux-mêmes. Je me souviens d'Ismaïl, dont j'ai eu l'honneur redoutable d'être le professeur principal durant son année de cinquième : il lisait difficilement, il ne comprenait rien à rien, il avait terminé l'année sur un 05 de moyenne générale ; et comme je lui demandais ses projets, il me répondit (sans aucune trace d'humour) : "Je veux continuer mes études". Ce raisonnement est très répandu chez les cancres. Ils considèrent qu'il n'y a qu'à se laisser glisser le long du toboggan, au sein d'un système qui s'est si bien occupé d'eux depuis leur petite enfance ; une fois arrivé en bas, à 16 ans, on avisera : l'État ne pourra-t-il pas faire encore quelque chose pour eux ? Quand on considère a priori les individus comme irresponsables, ils le deviennent.

Connaissances inutiles, connaissances encombrantes

Comme professeur, je voudrais témoigner de deux choses. La première est que j'ai parfois eu honte, face à mes élèves, d'avoir à leur enseigner des choses qui ne me paraissaient nullement intéressantes à moi-même. Leur attitude m'inspirait alors deux sentiments : j'éprouvais de la gratitude et de l'admiration vis-à-vis de ceux qui, par conformisme, par sympathie à mon égard ou pour toute autre raison, faisaient l'effort considérable de suivre mon cours ; et en même temps, je ne pouvais m'empêcher de comprendre le point de vue de ceux dont l'esprit était manifestement ailleurs. Est-il normal que tous les jeunes de 14 ans doivent consacrer deux heures à comprendre le fonctionnement de l'économie allemande ? Je me pose au moins la question.

J'ai parfois exposé ces doutes à mes collègues. Ils m'ont répondu avec raison qu'il y a un certain nombre de choses que nous n'avons pas le droit de laisser ignorer à nos élèves, parce que la qualité de leur vie future en dépend. Si on n'a pas fait un peu de français et de mathématiques, on ne peut pas lire sa fiche de paie, ou son contrat de bail, ou remplir correctement le formulaire administratif. C'est vrai, mais je fais deux objections :
1) Cet vision utilitariste a conduit, ces dernières années, à confier aux enseignants des missions qui n'ont rien à voir avec leurs compétences, sensibilisation à la sécurité routière, au développement durable, à la diététique et que sais-je encore.
2) La majorité des connaissances dispensées aujourd'hui par l'école, ou en tous cas par le collège, n'a précisément aucune portée pratique : pour vouloir acquérir ce genre de savoir, il faut aimer le savoir, et l'aimer gratuitement (ce qui est une qualité peu répandue et quasiment impossible à susciter chez ceux qui ne l'ont pas). Quelle utilité pratique aura pour mes élèves la connaissance de la société française au Moyen-Âge ? Aucune. En se fondant sur cet a priori vague que la "culture" est importante -et qu'elle est importante pour tout le monde, et que tout le monde y a droit, et que tout le monde a le devoir de posséder ce bien-, on a fait des programmes scolaires qui, par exemple, comportent en quatrième pas moins de onze matières (au minimum), dont la plupart n'ont justement aucun rapport avec ces connaissances utiles qui permettent à chacun d'affronter les aspects les plus concrets de son existence adulte. Au contraire, on a réduit leur part pour les donner à d'autres enseignements : on fait, par exemple, beaucoup moins de français qu'il y a vingt ans, pour pouvoir caser les autres matières.

Liberté, choix, diversité : une utopie scolaire

Ce dont je rêve, c'est que l'école renonce à cet idéal missionnaire d'imposition du savoir, au bénéfice d'un tout autre état d'esprit, où les connaissances, à partir d'un certain âge et d'un certain socle, ne seraient plus qu'une proposition dont chacun pourrait à sa guise se saisir ou se désintéresser. Finissons-en avec le post-catholicisme scolaire ; s'il nous faut un paradigme religieux, allons plutôt le chercher chez les protestants, ou chez les Juifs. Que chacun fasse son salut par lui-même, selon les voies qui lui conviennent le mieux. Et que ceux qui préfèrent l'enfer de l'ignorance soient laissés libres de se damner.

Concrètement, cela impliquerait par exemple :
*que le socle commun des connaissances soit révisé à la baisse.

*que le temps passé par les élèves à l'école soit abaissé (la classe de sixième dont je suis professeur cette année a 30 heures de cours hebdomadaires, sans compter les heures d'études, la vie de classe ou le soutien obligatoire ; et pour connaître le temps qu'ils consacrent à l'école, il faudrait ajouter, du moins pour certains d'entre eux, les heures passées sur les devoirs. On arrive à une quarantaine d'heures par semaine. C'est trop.)

*que le nombre de matières enseignées, en particulier au collège, soit abaissé à six ou sept, pas plus, par exclusion de certaines disciplines du tronc commun et regroupement de certaines autres : français, une langue étrangère, mathématiques, sciences, histoire-géographie, technologie.

*que les établissements soient libres, dans une large mesure, de déterminer le nombre d'heures dont doit bénéficier chacune de ces matières, ce qui leur permettrait de créer, dès la sixième s'ils le souhaitent, des filières avec un fléchage professionnel : on ne ferait évidemment pas la même chose dans une classe où le français recevrait un tiers du nombre d'heures disponibles que dans une classe où c'est la technologie qui recevrait cette dotation.

*que toutes les autres matières soient optionnalisées et fassent l'objet d'un enseignement qui aura lieu dans l'enceinte de l'établissement, mais en-dehors des horaires scolaires stricto sensu ; cela permettrait d'ailleurs d'enrichir considérablement le panel des matières disponibles, puisqu'on pourrait ajouter aux disciplines existant déjà celles qui seraient proposées par les professeurs ou par des intervenants locaux : on aurait ainsi des cours d'arabe, de cinéma, de menuiserie, etc, et ce dès la sixième. L'une des options partout disponibles serait bien entendu le soutien pour les élèves en difficulté ; mais ce soutien, encore une fois, ne serait dispensé qu'à ceux qui le demanderaient.

*que l'on multiplie (à l'intérieur du collège unique, puisque cette vache sacrée semble intangible) les dispositifs tels que la SEGPA, l'apprentissage ou les classes d'insertion, permettant aux élèves qui n'ont aucun goût pour les enseignements abstraits de s'en dispenser au maximum pour apprendre rapidement une ou plusieurs activités pratiques.

*que l'âge marquant la fin de la scolarité obligatoire soit abaissé à 14 ou 15 ans.

*qu'au-delà de cet âge, un élève exclu de son établissement ne soit pas automatiquement reclassé par le rectorat dans un autre collège/lycée, mais qu'il doive, s'il souhaite revenir à l'école, chercher lui-même un nouvel établissement d'accueil, avec lequel il devra au préalable négocier un contrat de projet.  
Toutes ces mesures auraient un objectif unique : la responsabilisation précoce des élèves par rapport à leur propre scolarité. Que les jeunes viennent à l'école parce qu'ils l'ont choisi, pour apprendre ce qu'ils auront choisi. Et que ceux qui ne veulent pas y aller soient au moins empêchés de la saboter. C'est ainsi, je crois, qu'on pourra faire de l'école autre chose qu'une vaste catéchèse, et des cours, autre chose qu'une fade pastorale.
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L
Cher Devine, chers tous,Je viens de découvrir vos échanges et des flots de souvenirs ont jailli à l'évocation de tous les thèmes abordés.Vous avez là un outil merveilleux de réflexion et de partage, qui vous évite, autant que faire se peut, la solitude que j'ai connue dans ma vie professionnelle.Etant maintenant en retraite, il me sert également à rester parmi vous.Longue vie à vos blogs respectifs !Bien à vousUn Principal de Zep fraîchement au repos
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D
Cher Lemoine,eh bien, soyez le bienvenu.Je ne suis pas très étonné que vous ayez ressenti une impression de solitude dans l'exercice de votre métier : le poste de principal, vous m'excuserez de le dire comme je le pense, m'a toujours paru être un boulot de chien, où il y a essentiellement des coups à prendre. On travaille énormément pour que le bahut tourne ; si on réussit, les usagers considèrent que c'est normal ; si on échoue, ils vous accusent. Et dans tous les cas, on tient le bureau des pleurs, entre les enseignants qui n'en peuvent plus de leurs classes et vous supplient de trouver une solution qui n'existe pas, les parents anxieux ou démissionnaires qui ne viennent vous voir que pour vous exposer leurs griefs ou entendre les vôtres, les élèves qui passent en conseil de discipline pour avoir mis un low-kick balayette à leur jeune enseignante d'espagnol. Ah, misère ! Et encore, je ne dis pas un mot d'un travail dont je ne vois rien mais qui, j'imagine, n'est pas non plus une partie de plaisir, c'est à dire les relations avec la hiérarchie, rectorat, inspection académique, ministère, etc. Bref, toutes mes félicitations pour être arrivé sans encombre à la fin de votre carrière !
D
Cher Devine, je me régale. Je me régale d'autant plus que, pas bégueule, je consulte régulièrement les coups de calcaire du sieur Lubin ou ceux de Lofi, et m'en trouve parfois estomaqué. C'est donc dans les talons qu'il se paye de vos mots piquants et de vos réparties sucrées, qu'aucune méchanceté ne dessert. En reprenant votre formule "former la future génération de profs, tout comme autrefois, selon une logique de perpétuation qui est celle de toute administration, les pères des écoles chrétiennes destinaient leurs sujets les plus méritants à la carrière ecclésiastique", je retrouve un des projets dont j'aurais souhaité qu'il fût débattu chez X. Darcos, à savoir la visite de quelques entrepreneurs dans les classes, pour insuffler une étincelle à quelques âmes de plus... Bon vent et longue portée à votre blog
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D
Merci beaucoup, D'Enguell ! Moi aussi, je vais souvent visiter le site de Lofi. Je suis le plus souvent en désaccord total avec ce qu'il écrit, mais il fait un travail de documentation et de d'argumentation qui me laisse souvent admiratif.Il m'arrive souvent de souhaiter que mes élèves les plus brillants ne s'orientent PAS vers le professorat ; parce qu'ils viennent de familles étrangères pauvres, et que je trouverais juste et beau qu'ils occupent, dans la France de demain, des postes de pouvoir. Or l'enseignement n'est pas, dans cette perspective, le métier idéal...
P
Tiens! la comparaison religieiuse m'a également inspiré un article il y a un bon mois de ça...Le credo actuel, c'est  "hors de l'éducation nationale gratuite, laïque et obligatoire jusqu'à 25 ans, point de salut"!
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D
Je crois avoir retrouvé ton article, qui est très intéressant. On peut y accéder via le lien http://myownblog.canalblog.com/archives/2007/10/16/6560483.html("Totalitarisme ?", 16 octobre).
P
Devine> Tu me demande comment faire naitre la PASSION  chez nos élèves ? Je suis comme toi, je tatonne et teste ! Fais des bêtises, mais fais-les avec enthousiasme. Moi non plus je ne déchaine pas les passions avec ma répartition des chromosomes lors de la division cellulaire ... C'est en ça que notre travail est difficile , il faut sans cesse se renouveller , inover , se planter , parfois réussir mais surtout s'ADAPTER !    De temps en temps : immisce-toi dans  leur monde , écoute leurs musiques, regarde leur programmes télé (oups , tu l'as pas !)  jette un coup d'oeil sur leurs blogs ... Tu verra le flot de conneries qu'ils reçoivent sur une journée , ils arrivent chez nous la tête bourdonnante de ce "bruit" extérieur . Ce qu'ils veulent c'est recevoir des infos sérieuses et qui se tiennent , l'élève est en droit d'exiger un savoir et nous avons le devoir de l'instruire . ( C'était la minute citoyenne :) ).Persiste et signe : Je suis là pour vous instruire et je le ferais ! Il ne te respecterons que pour ça : aucun respect n'est dû à priori , Seul le travail nous rends respectables. Ils nous testent et nous scrutent , à leur yeux , on n'est pas respectables dès la rentrée et par le seul fait que l'institution nous ai nommés mais on doit travailler à le devenir.    Perso le costume de curé ne me convient pas je préfère celui de gourou ou guide spirituel : ( au risque de te choquer ) je ne transmet pas de dogmes mais en prenant pretexte d'enseigner une matière je contribue (n'en déplaise aux anti-sarko ) à l'admiration de ce qui est bien, de ce qui est juste, de ce qui est beau, de ce qui est grand, de ce qui est vrai, de ce qui est profond,  (c'est prétentieux ? ) Je m'entend dire : "- peter pan arrète de dire putain à chaque phrase, c'est un gros mot ! (avec ma voix douceureuse de fille) - c'est pas un gros mot ! - mais si ça veut dire putain! - hhhann ! pardon madame ! - albatordit à son voisin :va te faireenc... - ton carnet ! - ben pourquoi ? - tu fais des propositions indécentes à ton voisin ! - ooouuuh (la classe le hue et s'en souviendra..) . Je reste une adepte du coin et des discours moralisateurs pendant qu'ils ont les bras croisés et la tête dedans (ça fait du bien à la profe et ça calme les gosses ! )     Désolée je me suis laissée aller, ça doit être un peu long ce post... Je me modérerais la prochine fois..
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D
Chère profesvt,Je pense avoir déjà appliqué la plupart de tes conseils : je ne suis pas un excellent prof, mais je prends les choses à coeur, je fais de mon mieux ; comme tu l'as sans doute compris en lisant quelques-uns des articles précédents (par exemple "La disparition de l'Europe ?"), j'ai déjà fait, depuis mon arrivée au collège, un effort d'adaptation important.Mais je ne peux pas tout faire tout seul non plus. Pour prendre une comparaison, l'élève est à un point X, moi à un point Y ; nous allons devoir faire chacun un bout de chemin pour nous recontrer et que la transmission des connaissances soit possible. Moi, je sais des choses, j'ai lu des livres, j'ai réfléchi à mes préparations, j'ai simplifié les savoirs pour les rendre accessibles à mon public, j'ai recherché des documents intéressants, j'ai négocié l'achat de cartes et de postes avec mon intendant avare, j'ai transporté un rétroprojecteur dans la classe, et pendant le cours, je mouille la chemise. J'estime donc que je fais à moi seul les 4/5 du chemin. Certains élèves se mettent courageusement en marche et me trouvent sans problème au point où je les attends. D'autres ont trop de difficulté pour arriver si loin mais, comme je vois leur bonne volonté, je suis encore prêt à aller les chercher. Mais il y en a aussi qui ne font aucun effort, qui ne bougent pas d'un millimètre dans ma direction, ou même qui partent à toute allure dans la direction opposée. Faut-il que je me lance à leur poursuite ? Pour moi, c'est non, désolé. J'estime avoir fait tout mon devoir en mettant mon savoir à leur portée. Et c'est aussi pourquoi j'estime que je ne suis pas un curé, ni un gourou, ni un lecteur à haute voix de la lettre de Guy Môquet. J'espère que je peux servir d'exemple à mes élèves et qu'ils voient, dans mon comportement en classe, des choses dignes d'être imitées : on ne punit pas arbitrairement, on donne sa chance à chacun, on se sert du langage de façon raisonnée. Mais je suis un enseignant, pas un initiateur. S'il y a quelque chose de moral dans mon enseignement, il passe essentiellement par les connaissances que je suis chargé de transmettre. Chercher à comprendre la vie d'hommes qui vivent très loin de nous ou qui ont vécu il y a très longtemps, c'est un exercice qui ne concerne pas seulement l'intelligence. Ceux qui ne veulent pas faire cet exercice ? Eh bien, sans rancune et au revoir.La longueur de tes posts ne me pose aucun problème. A bientôt.
P
Antipatros> J'ai été perturbée par l'ordre d'apparition des post et me suis un peu emballée ! Mes excuses Antipatros. Mais j'ai suivi ton histoire de nom de collège puisque que moi  , antipatros je lis les blogs depuis le début et m'imprègne du personnage qu écrit avant de me permettre de poster.Devine> C'est toi et non moi qui utilise la métaphore filée dans ton article : prof = curé . Et alors tu es formaté par le discours des soixantes huitards gochos et bobos qui hantent nos IUFM  ou c'était du second degré ? ( extraits de tes écrits : Comme pour les missionnaires(..)le convertir ( ...) sacerdoce (...) prédication (...) cette foi est la notre(..) païen ).
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D
Chère profesvt,Si j'ai utilisé la métaphore filée prof = curé dans mon article, c'est pour dénoncer cette conception de notre métier. Il m'a semblé que toi, au contraire, tu penses que nous devrions être animé du même enthousiasme que les hommes de foi. Mais je t'ai peut-être mal comprise.Non, je ne pense pas être formaté par le discours en vigueur dans les IUFM, d'autant moins que je ne suis pas passé par les IUFM (j'ai validé mon agreg en enseignant trois ans à la fac).