Je suis professeur d'histoire-géographie au collège Félix-Djerzinski de Staincy-en-France. Ce métier me rend malade et il fait ma fierté. Avant d'en changer, je dépose ici un modeste témoignage.
Classe de cinquième. Cours sur la population africaine.
Moi. -... et donc, le Rwanda est un pays très densément peuplé. A certains endroits, il y a 500 habitants au kilomètre carré, alors qu'on est à la campagne. Vous voyez d'ailleurs sur la photo que certains champs ne sont pas plus grands que cette salle de classe, parce qu'il faut partager la terre entre tous.
Jean-Baptiste, un élève intelligent, instruit et poli. -Monsieur, c'est pour ça qu'ils se sont entretués autrefois ?
Moi. - Euh... C'est un problème très compliqué... Disons que c'est une raison parmi beaucoup d'autres. Quand la guerre a commencé, certains se sont peut-être dit "Si je tue mon voisin, j'aurai sa vache, ses champs et sa maison." Voilà, c'est la nature humaine.
Jean-Baptiste, sereinement. -Mais c'est pas mal, finalement. Ça a fait de la place.
Plusieurs autres élèves. -Ouaaaah ! Comment tu peux dire ça ! On va te tuer pour prendre ta place, tu vas voir !
Tout en étant stupéfait par sa sortie, je ne peux pas en vouloir à Jean-Baptiste : la logique darwinienne de sa réflexion est typique d'un bon élève, et à son âge, j'aurais sans doute pensé la même chose -les êtres humains ne sont pas différents des animaux, quand il n'y a plus assez de ressources pour les nourrir tous, ils se suicident ou se massacrent.