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  • : Je suis professeur d'histoire-géographie au collège Félix-Djerzinski de Staincy-en-France. Ce métier me rend malade et il fait ma fierté. Avant d'en changer, je dépose ici un modeste témoignage.
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3 juillet 2008 4 03 /07 /juillet /2008 15:32

La réserve est une petite pièce que se partagent les professeurs d’histoire-géographie et de français. Les premiers y déposent cartes et revues, les seconds y stockent les romans qu’ils achètent par série de 25 pour les faire lire à leurs classes. Je me suis attardé aujourd’hui dans la pièce, parce que j’avais du rangement à y faire (et aussi parce que j’aime son air poussiéreux et solitaire) ; et je n’ai pas pu m’empêcher de jeter un coup d’œil sur les bouquins choisis par mes collègues. Parmi eux, mon attention a été particulièrement attirée par :

 

Annie Jay, A la poursuite d’Olympe, Le livre de poche jeunesse. Quatrième de couverture : « A Paris, en 1683, une fille qui choisit la liberté, ça ne se voit pas tous les jours. Fuir le couvent, les sombres intrigues de la cour de Louis XIV et devenir femme du peuple, cela ne se fait pas. Et pourquoi pas ? Pour Olympe, ce n’est que le début de l’aventure. » A côté figure un autre résumé, en petits caractères : « Au 17e siècle, une jeune fille de la noblesse ne peut sortir de sa condition et bouleverse les conventions. Seule la littérature et le talent d’Annie Jay le permettent. »

 

Olaudah Equiano (adaptation d’Ann Cameron), Le prince esclave (une histoire vraie), Rageot éditeur. « Fils d’un roi africain, Olaudah est enlevé à l’âge de onze ans par des trafiquants d’esclaves. Il découvre la souffrance et les privations sur les navires de guerre et dans les plantations, au service de différents maîtres qui l’achètent et le revendent sans scrupules. Mais Olaudah est bien décidé à reprendre le contrôle de son destin. Au bout du voyage, il y a peut-être la liberté… »

 

Roald Dahl, Matilda, Folio Junior. « A l’âge de cinq ans, Matilda sait lire et a dévoré tous les classiques de la littérature. Pourtant, son existence est loin d’être facile, entre une mère indifférente, abrutie par la télévision et un père d’une franche malhonnêteté. Sans oublier Mlle Legourdin, la directrice de l’école, personnage redoutable qui voue à tous les enfants une haine implacable… »

 

Christian Grenier, Virus L. I. V. 3 ou la mort des livres, Le livre de poche jeunesse. « Le gouvernement des Lettrés a interdit les écrans et promu la lecture obligatoire. Face à cette tyrannie, les Zappeurs se révoltent : ces jeunes des banlieues, adeptes de l’image, propagent un virus qui efface les mots à mesure qu’ils sont lus. Seule Allis est capable d’identifier l’inventeur du virus et de trouver un antidote… »

 

Jules Vallès, L’enfant (extraits), Garnier Flammarion, Etonnants classiques. « Jacques Vingtras est un enfant du XIXe siècle. Fougueux et turbulent, il est souvent malheureux au collège et incompris par ses parents. » Dans le chapitre « Au collège » : « Il donnait, comme tous les collèges, comme toutes les prisons, sur une rue obscure (…) le collège moisit, sue l’ennui et pue l’encre ; les gens qui entrent, ceux qui sortent, éteignent leur regard, leur voix, leur pas, pour ne pas blesser la discipline, troubler le silence, déranger l’étude.

Quelle odeur de vieux !... »

 

Jacques Prévert, Paroles, Folio plus Classiques. Le plus mauvais poète du XXe siècle, coupable de calembours dont Pierre Dac aurait eu honte, est sans doute repêché en raison de son antimilitarisme et de sa haine forcenée de la religion chrétienne.

 

Emile Zola, Au bonheur des dames, Folio classique. « (…) L’exploit du romancier est d’avoir transformé un épisode de notre histoire économique en aventure romanesque et en intrigue amoureuse. Rien d’idyllique pourtant : le magasin est construit sur un cadavre ensanglanté, et l’argent corrompt tout. Pour Zola, la réussite du grand magasin s’explique par la vanité des bourgeoises et le règne du paraître. (…) »

 

Hans Peter Richter, Mon ami Frédéric, Hachette Jeunesse. « En Allemagne, avant la guerre, deux enfants sont inséparables. L’un d’eux s’appelle Frédéric. Il est Juif. Mais lorsqu’Hitler prend le pouvoir, en 1933, il a décidé que les Juifs n’ont pas le droit de vivre : on les insulte, on les chasse, et bientôt Frédéric est renvoyé de l’école… »

 

Victor Hugo, Claude Gueux, Magnard Classiques et contemporains. « Récit court, percutant, Claude Gueux a pour origine un fait divers réel que Victor Hugo transforme en plaidoyer universel. Les élèves trouveront dans cet ouvrage matière à réflexion sur la peine de mort, bien sûr, mais aussi sur les thèmes de la responsabilité, de la dignité, du châtiment...

Ils pourront, grâce au questionnaire, varier leur point de vue (!) et développer leur capacité d’analyse et de raisonnement. »

 

Didier Daeninckx, Cannibale, Magnard Classiques et contemporains. « Gocéné, le vieux Kanak, a vu beaucoup de choses. Mais il y en a une, plus surprenante que les autres, dont le souvenir le ramène à Paris, en 1931, l’année où les siens furent échangés contre des animaux. On était à la veille de l’inauguration de l’Exposition coloniale et tous les crocodiles du marigot venaient de mourir… Que faire ? Pourquoi ne pas troquer des ‘cannibales’ fraîchement arrivés de Nouvelle-Calédonie contre des reptiles croupissant au fond d’un cirque allemand ?

Didier Daeninckx est connu des collégiens et des lycéens : ses romans savent fouiller l’histoire contemporaine pour y découvrir des épisodes pleins de noirceur et les mêler au suspense. Cannibale, écrit à partir d’un fait divers réel, leur permettra d’aborder les thèmes du colonialisme et de la discrimination raciale, à travers l’histoire méconnue du peuple kanak. (…) »

 

Kressman Taylor, Inconnu à cette adresse, Hachette jeunesse. « Mon cher Max… Mon cher Martin… Du 12 novembre 1932 au 18 mars 1934, entre l’Allemagne et les Etats-Unis, deux amis s’écrivent. Max, l’Américain, parle de sa solitude depuis le départ de son ami ; Martin, l’Allemand, lui raconte sa nouvelle vie dans une Allemagne qu’il peine à reconnaître tant elle est défigurée par la misère. Au fil des lettres, inexorablement, Martin et Max s’éloignent l’un de l’autre. D’autant que Max est juif… »

 

Paroles de poilus, Librio. « Des mots déchirants, qui devraient inciter les générations futures au devoir de mémoire, au devoir de vigilance comme au devoir d’humanité… »

 

Frank Pavloff, Matin brun, Cheyne. « Charlie et son copain vivent une époque trouble, celle de la montée d’un régime politique extrême.

Dans la vie, ils vont d’une façon bien ordinaire : entre bière et belote. Ni des héros ni des purs salauds. Simplement, pour éviter les ennuis, ils détournent les yeux.

Sait-on assez où risquent de nous mener collectivement les petites lâchetés de chacun d’entre nous ? »

 

Daniel Pennac, Kamo, l’agence Babel, Folio junior. Incipit : « Trois sur vingt en anglais ! La mère de Kamo jetait le carnet de notes sur la toile cirée.

-Tu es content de toi ?

Elle le jetait parfois si violemment que Kamo faisait un bond pour éviter le café renversé.

-Mais j’ai eu dix-huit en histoire !

Elle épongeait le café d’un geste circulaire et une seconde tasse fumait aussitôt sous le nez de son fils.

-Tu pourrais bien avoir vingt-cinq sur vingt en histoire, ça ne me ferait pas avaler ton trois en anglais !

C’était leur sujet de dispute favori. Kamo savait se défendre.

-Est-ce que je te demande pourquoi tu t’es fait virer de chez Antibio-pool ?

Antibio-pool, respectable laboratoire pharmaceutique, était le dernier employeur de sa mère. Elle y avait tenu dix jours mais avait fini par expliquer à la clientèle que 95 % des médicaments qu’on y faisait étaient bidon et les 5 % restants vendus dix fois trop cher. »

Fort heureusement, la mère de Kamo retrouve dès la page suivante un emploi dans « un organisme international » (les entreprises françaises, c’est trop beurk) qui s’occupe d’« échanges culturels ». Et du coup elle travaille même de fort bon gré le soir et le dimanche.  

 

Paroles d’étoiles, Librio, 2002. En ouverture (pages 13-14) : « Il suffirait de presque rien pour que le cauchemar renaisse…

Il suffirait de l’indifférence ou de la vindicte d’un peuple, acculé par l’adversité, accablé par la guerre, le chômage, les privations, la disette et la violence, et qui préférerait étouffer son esprit de résistance et son histoire de liberté pour cultiver l’illusion d’une paix incertaine et soumise. Il suffirait de la sempiternelle lâcheté des hommes de cabinet, de cour et de pouvoir, toujours prêts à vendre leur âme pour entretenir et conserver le privilège de leur rang, la trajectoire de leur carrière, le mirage de leur nom ou de leur position sociale… Il suffirait de cet esprit de compromission, de démission, de consensus et de concessions qui caractérise les démocraties fatiguées… Il suffirait d’un moment d’égarement pour que le peuple n’hésite pas à sacrifier ses marges et ses minorités pour sauver l’essentiel de sa torpeur et de sa tranquillité…

Il serait alors si facile de trouver des coupables et de les accuser de tous les maux… Il serait si facile de classer les hommes et les femmes selon les critères de sexe, de nationalité, de norme, de ‘race’ ou de religion…Il serait si facile de considérer les retraités et les vieillards comme des nantis, comme des privilégiés, comme une espèce parasite stérile et nuisible dont il faudrait accélérer la disparition… 

Alors les enfants d’hier, les enfants du silence, ceux qui n’ont jamais vraiment connu l’enfance, ceux qui virent leur père, leur mère, leurs frères, leurs sœurs, leurs oncles, leurs tantes, leurs cousins, leurs grands-parents, leurs amis partir pour un voyage sans retour, ceux qui ont atteint aujourd’hui un âge que leurs parents n’ont jamais atteint et qui pourrait leur permettre d’être les parents de leurs parents, alors, ces enfants du silence feraient entendre leurs voix ; ils prendraient la parole pour dire aux générations présentes et futures ce qu’ils ont longtemps caché sous le poids de leur souvenir et de leurs souffrances. Ils évoqueraient ce tatouage indélébile, ce matricule qui n’a jamais marqué leur poignet, mais qui s’est inscrit dans leur tête sans qu’ils puissent jamais le décoder… »

 

Michel Quint, Effroyables jardins, Folio. Avant-dernière page du livre : « Demain, ce sont les heures ultimes du procès d’un type honorable [Maurice Papon], à en croire certains emmédaillés, bien qu’il ait commis, çà et là, sous une autorité autoproclamée ‘gouvernement de l’Etat français’, durant les balbutiements d’une carrière qui commençait au secrétariat de la préfecture de Bordeaux et deviendrait celle d’un grand commis de l’Etat, quelques crimes, mais si fugaces à dire le vrai, si involontaires et si tôt regrettés ! Mais tout de même des crimes contre l’humanité… Parce que Vichy a eu lieu, parce que les parenthèses n’existent pas dans l’Histoire, que l’humanité profonde, la dignité, la conformité au bien moral échappent au droit, à la légalité ! Il me semble ainsi que ce train m’emporte au procès d’un ogre et d’un monstre. Et qu’il est de mon devoir de t’y représenter, papa, ainsi que Gaston, Nicole, Bernd et les autres, ces ombres douloureuses, d’où qu’elles soient, parce que cet homme-là, qui tente de faire de son procès une mascarade, qui joue les pitoyables pitres, aucun des ennemis d’alors ne fut pire et beaucoup d’entre eux l’auraient haï de trahir toute dignité. »

 

Andrée Chedid, Le message, Garnier Flammarion, Etonnants classiques. « D’une écriture sèche et brûlante, Andrée Chedid (…) scande l’agonie de la guerre, qui fait gémir les corps et sépare les amants. »

 

Bien sûr, on trouve aussi l’Odyssée, Chrétien de Troyes, le Bourgeois gentilhomme et le colonel Chabert dans la réserve –sans parler de brûlots racistes comme Ali Baba et les quarante voleurs ou Dix petits nègres. Nos collègues, par ailleurs, ne sont pas complètement libres et ils obéissent à des instructions officielles qui établissent une progression conjointe en histoire et en français, ce qui explique qu’on parle de la traite des Noirs en quatrième et de la Shoah en troisième. Mais je suis tout de même surpris par le caractère engagé des lectures préconisées. Mon souvenir d’adolescent est que les œuvres à message sont souvent d’un ennui mortel, a fortiori si elles ont été écrites par un contemporain. Et je m’étonne de ne trouver dans la liste aucun roman de Stevenson, de Jules Verne, d’Alexandre Dumas. A mon avis, dans la balance du plaisir romanesque, cinq pages du Maître de Ballantrae pèsent bien plus que l’ensemble des ouvrages énumérés ci-dessus. En plus, ici, quel credo veut-on faire passer ? Primo, une forme de sagesse gentillette basée sur le pénible et omniprésent devoir de mémoire : la guerre, ça fait beaucoup de victimes, la peine de mort pareil, le racisme, oh la la, et si la deuxième guerre mondiale devait se reproduire un jour, ne dénoncez pas les Juifs, cachez-les plutôt. Bien. Secundo, un message politique de gauche : rejet de l’extrême-droite-et-de-son-discours-de-haine-et-d’exclusion, méfiance maximale -pour ne pas dire plus- face aux mécanismes de l’économie capitaliste, dégoût envers les religions et plus particulièrement le christianisme, etc. Et la laïcité ? N’est-ce pas aussi une injonction à la neutralité politique de l’enseignement ? Tertio, et c’est le plus grave, on trouve dans beaucoup des livres cités une hostilité plus ou moins avouée envers les institutions, quelles qu’elles soient : ce ne sont pas seulement l’Eglise ou l’armée, mais l’Etat, l’école, la famille qui sont présentés comme autant de molochs broyant impitoyablement les individus. Chacun est libre de croire qu'ils le sont, mais je trouve ennuyeux que des fonctionnaires enseignent cela. Je ne réclame pas qu’on en revienne à la littérature scolaire de la troisième République, mais il me paraît patent qu’on est allé trop loin dans la direction opposée.

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commentaires

Rodin 11/03/2011 19:03



je suis tombé complètement par hasard sur votre blog et je dois dire que celui là est très intéressant. J'ai lu cette arcticle et ces commentaires et me doute bien ne pas la même culture et les
mêmes connaissances que tout ceux qui ont avant moi donnez leur avis. Je dois avoir au minimum une dizaine d'années d'écart avec vous tous et j'ai moi même étudié plus jeune au collège certains
des livre que vous avez cité. Selon moi le problème aujourd'hui est que la lecture et la littérature aujourd'hui intéresse de moins en moins la jeunesse car la télé c'est emparé de notre société.
Les jeunes ont l'habitude de passé la plupart de leur temps libre devant la télé, cette activité ne demandant en rien de faire quelques effort que ce soit alors que lire de la littérature en
demande. Il est donc normal que pour sensibilisé les jeunes à la lecture en passant par des ouvrages loin d'une littérature des plus intéressantes comme Mathilda...pour ceux qui est de la
dimension politique dont auquel vous faites allusions chaque auteur en écrivant une oeuvre fait part de ses opinions politiques ou autres que ce soit de manière concrète ou abstraite ou de
manière consciente ou inconsciente et je ne pense pas que la plupart des professeurs aujourd'hui choisissent un livre en fonctions de sa nature politique, je pense que si il passe par des oeuvres
telles que celles que vous avez citez plus haut c'est tout simplement car ils ont envie de sensibiliser la jeunesse à la lecture et qu'avant de pouvoir leur donné envie de lire de la "vrai"
littérature il leur faut d'abord commencé simple. Si je parle en mon nom je dois dire que j'adore lire à leur d'aujourd'hui (philo, littérature, théâtre, économie, sociologie,histoire, art,
etc...) alors que plus jeune je rechignais à cette exercise et si je n'avais pas lu des livres comme Mathilda (lu en 5ème) par exemple je n'aurais jamais eu envie d'allé voir plus loin et de
finalement faire un bac littéraire. Voilà, je ne sais si ce commentaire est pertinent mais au moins j'aurais donné mon avis. Voilà, bonne continuation à vous et désolé d'avance pour les fautes de
frappes ou d'orthographe.



Félix 13/01/2009 13:33

Pour une fois, je ne suis pas d'accord avec vous, M.Devine. J'ai lu certains de ces livres étant plus jeune, (Matilda, Inconnu à cette adresse, A la poursuite d'Olympe, Kamo, Au bonheur des dames, Paroles et un peu de Vallès) et je les ai trouvés bien écrits, aptes à intéresser le lecteur et à le faire penser-pour la plupart en tous cas. Ils sont peut-être "engagés"; je ne crois pas cependant qu'ils le soient plus que d'autres. Croyez-vous que l'Odyssée ou un Balzac reflètent des points de vue parfaitement neutres et les plus objectifs possibles? D'ailleurs, l'Odyssée est certainement un texte magnifique, tout comme le colonel Chabert (dont je n'ai lu que le début; moi qui ai fait un bac L et me suis toujours passionné de toute sorte de littérature, je n'ai jamais réussi à ne pas décrocher d'une lecture de Balzac) mais ce sont certainement aussi des textes moins accessibles que ceux précédemment cités.Alors, évidemment, Balzac et l'Odyssée sont reconnus depuis longtemps comme des classiques, alors que les autres livres représentent des choix plus risqués et donc plus discutables. Mais peut-être que précisément, en étant plus contemporains, ils "parleront" plus aux élèves. Et puis, le but n'est-il pas aussi d'apprendre aux élèves à penser, à savoir critiquer et juger, tout ceka en adéquation avec leur époque? Pour avoir lu (avec passion) l'Odyssée, je sais que l'on peut atteindre ces objectifs sans apprécier Homère. Par contre, il peut être utile de se forger un avis (puisse-t-il être le plus argumenté possible) sur le nazisme et la tentation d'extrême droite.M. Devine, vous avez raison d'exprimer votre lassitude du politiquement correct (sous sa forme de "devoir de mémoire", ce devoir que tout le monde s'astreint à suivre et faire suivre sans y prendre le plus minime intérêt). Le politiquement correct c'est l'hypocrisie: je reconnais qu'il est en effet hypocrite de considérer "Paroles de Poilus" comme un chef d'oeuvre. Il est vain et parfois même contreproductif de louer exagérément des oeuvres ennuyeuses sous prétexte qu'elles reflètent un point de vue conventionnel et à valoriser.Au contraire, il faut choisir des oeuvres qui ont une réelle force de conviction et/ou de "suscitement de l'intérêt". Ensuite il appartient au professeur de cadrer la réflexion des élèves, "capturés" dans le sujet par l'oeuvre (en tout cas idéalement). Chaque professeur a une certaine liberté dans le choix des thèmes qu'il veut mettre dans la tête des enfants dont il a la charge. Que ne soit jamais oubliée cependant l'obligation de former l'eprit critique.( par exemple, apprendre aux élèves le devoir de mémoire n'est en aucun cas une formation de l'esprit critique. L'intention peut être louable- je me souviens qu'un de mes profs de 3ème l'avait eue- mais elle est le plus souvent terriblement contreproductive. L'expression "devoir de mémoire" est depuis le collège instinctivement reliée dans mon esprit à "ennui extrême".)

Démosthène 20/07/2008 14:06

je trouve cet article très instructif, à titre "sociologique", et je remercie l'auteur de nous faire un sondage de la réserve littéraire.La présence de certains ouvrages est tout bonnement scandaleuse. Didier Daeninckx, mauvais écrivaillon, est un militant plus qu'engagé... Le récit relatif à la traite des noirs, quant à lui, me laisse curieux... Est-ce qu'il précise que, la plupart du temps, les africains étaient capturés et vendus aux blancs (ou aux arabes) par d'autres africains ???quant à la culpabilité dont ces ouvrages doivent imprégner nos enfants, elle me fait peur... je refuse que mes enfants aient à supporter de telles horreurs... ou alors qu'on enseigne à parité les horreurs commises par les autres civilisations...il est vrai que certains enseignants diffusent une vision négative et militante de la société. Le récent débat sur la filière ES, au lycée, n'était pas inintéressant. Je me rappelle tout à fait un de mes profs d'éco en train de faire de la pub pour "Alter Ecos", de nous vendre le magazine et de faire de la pub, à longueur d'années, pour les "35 heures" (c'était avant qu'elles soient votées). Le "partage du temps de travail comme un gâteau" était son grand dada... très bon prof au demeurant, passionnant, mais un peu trop orienté. On sort nécessairement de l'E.N. avec une vision socialisante et gauchisante du monde, et ce bel unanimisme se retrouve durant les premières années universitaires, avant que la maturation et l'entrée dans l'âge adulte n'amène chez certains une émancipation idéologiqueconcernant le prosélytisme en classe, malheureusement oui cela existe bien souvent... parfois à double tranchant : je me rappelle ce prof d'histoire communiste (engagé dans le parti), passionnant en cours et personnage sympathique, mais tellement... irrespectueux de la pluralité et du devoir de réserveje l'ai eu comme enseignant à l'époque où l'URSS se désagrégeait. Je suis d'ailleurs allé en Russie la même année où il nous a fait 4 mois de cours entiers sur la révolution russe de 1917. Encore aujourd'hui, je me rappelle les différentes factions socialistes, les SR, etc. J'ai pu en Russie admirer de visu les miracles du communisme (sic)Hormis ces 4 mois de cours sur toutes les péripéties de la révolution russe, il nous gratifiait de commentaires sur l'actualité, du genre "On devrait pendre Lech Walesa par les pieds"... suggérer à des élèves de quatrième de pendre par les pieds un libérateur... belle leçon de démocratie en véritéJe ne comprends pas que jamais un parent d'élèves n'ait remis à sa place ce trublion. Excellent professeur d'histoire au demeurant, il aurait dû respecter les limites. S'il avait été l'enseignant de mes enfants et que ce genre de propos était parvenu à mes oreilles, je ne me serai pas gêné pour aller lui frictionner les oreilles...

johnmarguerite 10/07/2008 10:22

Je viens un peu à la rescousse pour dire qu'on ne peut pas discuter des goûts et des couleurs (personnellement, j'aime beaucoup Prévert), mais que l'important est surtout ce qu'on fait de ces ouvrages.Et là, je suis bien d'accord pour dire que la figure de l'adulte et de l'autorité sont trop souvent abordés sous l'angle négatif Pareil pour le rapport à la culture classique ou dite "légitime".Ces deux formes de rejets, celui de l'autorité de l'adulte et de l'héritage culturel encyclopédiste, sont traités (avec des exemples de sujets et de corrigés) dans le livre de Fanny Capel "Qui a eu cette idée folle un jour de casser l'école ?"

Miss Leah Lee 09/07/2008 17:28

Si cette note est écrite au second degrès, alors chapeau, elle est très drôle.Sinon, hmmm...une forme de sagesse gentillette pour parler de Roal Dahl, Jules Vallès ou Daeninckx, c'est déjà assez comique... Je passe sur les "brulôts racistes", car apparemment cette plaisanterie-là était volontaire...Mais tout de même, un peu de sérieux : "Oeuvre à message" : "souvent d'un ennui mortel, a fortiori si elles ont été écrites par un contemporain". -> Tenteriez-vous d'ajouter une nouvel entrée au Dictionnaire des idées reçues de Flaubert??Un conseil, si je peux me le permettre : demandez à vos collègues de vous prêter ces ouvrages... Et puis, par pitié faites nous profiter de vos petites fiches de
lectures APRES les avoir lu, nous les lirons nous-même avec plus de plaisir et de sérieux!Excusez moi de ma causticité, mais cette note était vraiment trop belle... Tout compte fait au premier degrés elle était également très comique! Sans rancune, et bonnes lectures!Miss Leah Lee, lectrice (de trrrrès mauvais gout) de Paul Celan, Imre Kertesz (ne vous donnez pas la peine de lire la 4e de couv : encore des ringards qui ont eu l'inélégance d'écrire sur la Shoah) et... du plus mauvais poète français...