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  • : Je suis professeur d'histoire-géographie au collège Félix-Djerzinski de Staincy-en-France. Ce métier me rend malade et il fait ma fierté. Avant d'en changer, je dépose ici un modeste témoignage.
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8 juin 2008 7 08 /06 /juin /2008 23:08

Paroles d’émeutiers : l’école

 

A l’école, les cours étaient des leçons dictées mot à mot par le prof. On dirait qu’on était des robots, on ne devait pas parler, ni intervenir sinon on se faisait punir directement. En plus, dès qu’on comprenait pas une chose, le prof s’en foutait, il disait qu’il fallait lire le livre et qu’après on comprendrait. Alors à quoi ça sert de venir en classe ? […] Donc moi, j’ai redoublé deux fois en troisième, j’étais pas très bon. […] Après, ils m’ont proposé un BEP en plasturgie mais je n’ai pas voulu car c’était un vieux truc. Donc, après j’ai mal tourné. […] Quand je vois des amis et mon grand frère qui sont diplômés avec des bac + 5 et qui travaillent dans des supermarchés comme agents de sécurité, c’est quoi ce truc de fou ?! Je comprends rien. Ils ont fait des études, ils se sont pris la tête, et après ils terminent [comme ça], c’est pas juste. Donc, tu vois que l’école ça apporte que la galère au final. […] Lors des émeutes, j’ai voulu participer grave car ces bâtards de profs s’en foutent de nous, ils sont payés des barres et des barres et ils font même pas leur taf de soutien aux élèves en difficulté. Donc, je te dis la vérité, j’ai brûlé des voitures près du lycée pour leur montrer qu’on existe et qu’on ne va pas se laisser niquer. […] On a rien à perdre vu qu’ils ont baisé nos vies. […] ils savent pas qu’on doit faire des putains d’efforts. On n’a pas papa et maman qui nous aident quand on rentre à la maison pour nos devoirs. La plupart des mecs, leurs parents, les pauvres, ils savent même pas lire et écrire. Alors si à l’école ils ne prennent pas le temps de nous expliquer, ça sert à rien. C’est foutu d’avance. (S…, 20 ans, sans travail, petit dealer de cannabis.)

 

Moi aussi, j’ai participé aux émeutes et j’en suis fier, c’était pour tout retourner et enculer les keufs, ces sales bâtards qui se la racontent trop. Je suis dégoûté parce que je voulais aussi qu’on brûle ce lycée de merde avec ces profs racistes. Je te jure, je mitonne pas, si j’ai réussi à avoir mon bac c’est pas grâce à ces chiens de profs. Ils auraient préféré que je fasse un BEP. C’est grâce à mes frères, qui m’engueulaient quand je ne bossais pas, que j’ai eu mon bac. Par exemple, je te jure, la prof, Mme M…, tu sais ce qu’elle m’a dit ? « Je suis déçue que vous ayez eu votre bac. » C’est pas un truc de ouf ? Maintenant, je sais très bien que personne ne va me croire  quand je dis que certains profs sont racistes. Mais moi, je sais de quoi je parle. Je l’ai vécu en direct. […] J’ai vu plein de potes se faire « hagar » [humilier] pour rien par des profs juste parce qu’ils les aimaient pas. Je reconnais que certains abusaient mais, ma parole, faut reconnaître aussi qu’il y a des profs qui usent de leur autorité pour flinguer l’avenir de certains élèves. […] Alors voilà, tu sais ce que j’ai fait ? On est partis avec des potes, on a pris de l’essence et on a brûlé l’entrée du lycée. Mais les keufs sont venus et on s’est sauvés. Dommage, sinon le lycée aurait brûlé. […] La « hagra » [humiliation] des keufs et celle des profs, c’est la même. C’est des gens qui abusent de leur putain de pouvoir sans peser les conséquences de leurs actes. Les profs se disent pas : « C’est déjà un mec en difficulté, pourquoi je vais l’exclure et le mettre davantage en difficulté. » Ils en ont rien à foutre de son avenir ! (M…, 20 ans, bachelier, chômeur.)

 

Pour moi, la grande faute de ces émeutes c’est surtout l’école ! L’école, c’est un endroit où on doit apprendre des choses, ils doivent nous expliquer, mais en fait l’école est devenue un endroit où on jette les mecs comme moi, on leur donne pas de chance de s’en sortir, on fait tout pour nous virer et garder les Français. Même quand des gens comme moi réussissent, ils finissent par travailler avec des personnes sous-diplômées ou bien dans des postes qui leur conviennent pas. C’est ça la réalité. […] moi je travaillais normal sans plus, mais j’étais un peu distrait avec mes potes en cours. Mes profs se moquaient toujours de moi devant les autres au lieu de m’encourager et de m’expliquer les choses. Des fois, les profs nous calculaient même pas, ils nous laissaient seuls dans notre coin et faisaient participer les meilleurs, ils parlaient entre eux et, souvent, ils nous jetaient dehors pour être tranquilles entre eux, tu vois. Moi je ressentais du dégoût. […] Ça fait mal de voir qu’on est pris comme un idiot ! […] L’école ne sait pas qu’elle peut faire du mal si elle n’est pas à l’écoute des autres. L’école a baisé ma vie et ça j’oublierai jamais ! […] Franchement, j’ai la rage contre les profs parce que s’ils avaient pris le temps de nous prendre en main, on serait pas là aujourd’hui à bicrave [revendre] des bouts de shit en risquant notre peau. (R…, 18 ans, sans travail, petit dealer de cannabis.)

 

Moi, ce que je voulais pendant les émeutes, c’était brûler le lycée parce que c’est eux qui ont baisé mon avenir. En fait, moi, quand j’étais à l’école, j’étais pas très bon mais j’essayais de travailler de mon mieux. En classe, j’avais du mal à suivre certains cours […]. Quand je demandais au prof de m’expliquer certaines choses, il me disait que j’avais qu’à voir les meilleurs de la classe et qu’il n’allait pas prendre du retard sur son programme. Un jour, je lui ai dit que je ne comprenais pas un truc dans son cours et il m’a dit : « J’ai pas le temps et en plus toute la classe sait ça. Qu’est-ce que tu fais dans cette classe, tu es vraiment nul et irrécupérable. » J’avais la honte car tous les élèves se marraient et m’observaient avec leurs regards. […] En plus, comme j’étais le seul rebeu, j’avais honte d’aller voir les têtes de la classe surtout après les réflexions humiliantes du prof. Ce qui fait que dans les contrôles j’avais des vieilles notes. Quand je rentrais à la maison, je me faisais « savate » par mon père. Il me disait que l’école avait toujours raison et que c’était de ma faute. Moi je sais qu’il fallait travailler à la maison mais quand t’as pas compris les cours en classe, comment tu veux réviser à la maison ? Très franchement, j’ai baissé les bras au bout de quelques mois, je faisais plus rien. J’allais en cours pour mes parents, mais moi j’en avais plus rien à foutre. […] Et à la fin de l’année, pour l’orientation, ils m’ont pas raté. J’étais bon pour le BEP carrosserie. […] Avec du recul, j’ai la haine contre ces chiens du système scolaire parce que oui, ils m’ont niqué mon avenir et moi, comme un con, je suis rentré dans leur jeu. » (S…, 19 ans, sans travail, petit dealer de cannabis.)

 

Dans Laurent Muchielli, avec la participation d’Abderrahim Aït-Omar, « Les émeutes de novembre 2005 : les raisons de la colère » ; Quand les banlieues brûlent. Retour sur les émeutes de novembre 2005, sous la direction de Laurent Muchielli et Véronique Le Goaziou, La Découverte, édition revue et augmentée, 2007 ; p. 27-29.

 

NB : les coupures ([…]) sont dans le texte d’origine.

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6 juin 2008 5 06 /06 /juin /2008 16:04

Déjà, ça a mal commencé. Patrick est arrivé, il était trop chaud. Il a commencé à dire comme quoi, ouais venez, ya Mohamed des 4°E qui trace du collège, y va taper les mecs de Picasso à l’Etoile, on va y aller aussi. (L’Etoile, c’est le nom du stade). Moi j’y ai dit laisse tomber, mon daron il a dit que si je mmettais dans les embrouilles de cités y mrenvoyait au bled direct. En plus moi, Picasso, jconnais même pas, pourquoi j’irais m’battre avec eux ? Alors Patrick il a dit comme ça ouah rgardez Idriss comment il a trop peur, le ptit bolosse. Et j’y ai répondu viens voir un peu ici, on va voir qui qui a peur. Alors y mfait comme ça qu’est-ce t’en as à foutre, dfaçon Devine il est absent. D’où tu le sais ? jlui fais. Y mdit c’est Djeison qui mla dit hier soir sur MSN. Alors du coup, tous les autres y sont venus autour de nous, un cours en moins, c’est sûr que ça les intéressait trop. Y disaient ouah, on quitte à trois heures, cool. Mais Ibtissem elle a dit Non mais arrête de mytho moi msieu Devine jlai vu dans lcouloir ttàl’heure. Et moi aussi jlavais vu. Djeison, son nom d’utilisateur sur MSN, c’est « Pervers_et_fier_de_letre », non mais sérieux, tu peux faire confiance à un mec comme ça ? Oh. Alors moi jlui fais à Patrick, ouais moi Djeison y m’a dit comme quoi les Martiens y zétaient arrivés chez lui et y zavaient niqué sa mère direct, ben jlai pas cru tu vois. Alors Patrick il a commencé à s’énerver et il a dit allez-y, faites style vous êtes des bons élèves, nous dtoutes façon on y va pas, au cours de c’fils de pute, on va se fight. Et il est parti. Sur le Coran, y sprend trop pour un justicier. Alors qu’en fait il est tout petit, quand ya une bagarre, y reste juste sur le côté à rgarder comme ça, y met juste un coup de latte quand y voit qu’y a un mec de Picasso par terre.

Alors du coup chuis monté en cours avec Ismaïl, et dans l’escalier on a commencé à parler de foot. Lui il dit qu’il aime pas la France et y veut pas qu’elle gagne l’Euro, alors il fait style il est pour le Portugal. Moi j’étais trop pas d’accord avec lui. Y mdit « Cristiano Ronaldo », nan mais t’as vu Cristiano Ronaldo avec sa grosse tête de tapette ? Alors jlui dis « Benzema ! » Y mdit « Cristiano Ronaldo. » Jlui dis « Ribéry ! » Y mdit « Cristiano Ronaldo. » Jlui dis « Anelka ! » Y mdit « Cristiano Ronaldo. » Alors jlui dis « Wahiba », et lui y commence à bouger sa grosse tête comme ça, qu’est-ce t’as dit, qu’est-ce t’as dit, pasquenfait Wahiba c’est le nom à sa daronne et il aime pas qu’on le dise. D’ailleurs personne aime qu’on dise le nom de sa mère, mais nous on aime bien le dire, pasque ça énerve le mec, c’est pas comme si on la traite mais ça énerve quand même. Alors moi jme tire en rigolant et en disant Wahiba, Wahiba, et lui y mpoursuit en mdisant Jvais t’éclater, comment jvais t’éclater mon frère, et on courait à toute vitesse et on a même pas calculé la petite prof qui s’était accroupie pour ranger un truc dans son keuss. On l’a évitée de justesse et elle s’est mise à gueuler, Ouais, mais qu’est-ce que c’est que ces sauvages, non mais vous vous croyez où, les courses de bourrin c’est à Vincennes, elle dit. Moi j’ai répondu Mais on rigooole, madame, faut rigoler dans la vie. Et Ismaïl il a dit d’où vous nous appelez des bourrins, on vous connaît même pas. Et la prof elle l’a cassé, elle lui a dit Ouais ben on va faire connaissance, tu me donnes ton carnet, Monsieur pas-bourrin-pour-deux-sous. Et Ismaïl il lui a répondu ben j’en ai pas, et ça c’était vrai vu que Patrick y lui avait piqué et il avait écrit partout dessus avec un gros marqueur noir, Ismaïl = PD, PD, Tu suces des bites, et quand Ismaïl il l’a récupéré il était tellement dégoûté qu’il l’a foutu à la poubelle direct. Alors la prof elle a dit à Ismaïl ben c’est pas grave, tu vas m’accompagner chez la CPE, alors Ismaïl y s’est mis à flipper et il a dit d’un ton tout désolé Non mdame, j’ai rien fait d’abord, et la prof elle a eu l’air d’avoir pitié de lui, alors moi j’ai dit Wahiba à voix basse, mais lui il a entendu et il a recommencé à s’énerver, alors la prof elle l’a embarqué. On s’est envoyés des doigts pis il est parti avec elle et moi chuis entré en cours.

« Tiens, Idriss ! Toujours aussi ponctuel » il a dit le prof, alors j’ai demandé Vous allez m’exclure ? Et il a fait non, vas-y, assieds-toi. Et chuis allé pour m’asseoir mais juste à ce moment là la porte s’est ouverte et Camélia est entrée, alors msieu Devine il lui a dit Ah non Camélia, t’es trop en retard, jtaccepte pas, et elle elle lui a répondu Ouah, Idriss y vient juste d’arriver, vous avez même pas commencé le cours et vous me virez ? C’est injuste ! Pourquoi vous faites des différences ? C’est parce que vous me détestez, c’est ça ? Et le prof il a répondu, La vérité sort de la bouche des enfants, alors on a ri et on a tous fait Ooooooh msieu, comment vous taillez, et Camélia elle s’est cassée sans que le prof il ait eu le temps de rédiger un billet d’exclusion, alors il a dit Bon débarras, et ça se voyait trop qu’il avait envie de rajouter sale pute mais y s’est retenu. Moi Camélia le dernier jour jlui dis Ouah, comment t’es trop maquillée, tu crois qu’au collège c’est Relooking extrême ou quoi ? Et elle a crié LE MAQUILLAGE A TON PERE à travers la salle de classe (pasque ça se passait pendant le cours de msieu Glazer, le prof de français). Patrick y dit que son piercing au menton c’est pour montrer comme quoi elle suce, et alors jlui ai dit ben comment ça sfait que t’as pas le même ? On aime bien vanner.

Alors jvais pour m’asseoir, mais la chaise elle est cassée. Jle dis au prof, et y mdit comme ça « Non mais ça te gêne pas trop de m’interrompre pour me faire part de tes petits problèmes ? » et jlui réponds ben j’ai pas de chaise ! Et y mdit, en parlant tout lentement, ppprreeennddds eeennnn uuuunnnneeee aaauuutttrrreee, comme si j’étais tebê, alors jfais comme si jcalcule rien et jvais prendre la chaise à côté de Smaïn, mais là Smaïn y mdit eh mais qu’est-ce tu fais ? Ben ça se voit pas ? Jprends la chaise. Eh mais non, moi jla garde, y mdit. Et pourquoi ? Pour mettre mon sac, y mrépond. Tu peux pas lmettre par terre comme tout le monde ? jlui demande, et jdis plus fort, pour que le prof il entende, en fait tu veux le garder là pour pouvoir regarder ton portable ! Y se fâche pasque j’ai dit la vérité, et y crie : Ferme un peu ta gueule ! Ya plein d’autres chaises, pourquoi tu veux la mienne ! Alors le prof il arrive sur nous et y smet à crier, mais qu’est-ce que vous fabriquez encore ? Vous voyez pas que vous nous empêchez de commencer le cours ? Ben c’est lui, j’explique, y veut pas mdonner la chaise. Je ne veux pas perdre de temps à écouter vos explications fumeuses, y dit le prof, donnez-moi vos carnets tous les deux, on aura peut-être la paix. TOUS LES DEUX ! on a crié en même temps Smaïn et moi, et pis aussi : « j’ai rien fait, c’est lui qui fout la merde ! » Mais le prof il avait l’air d’être en colère, alors jsuis retourné à ma place pour lui donner mon carnet, mais pendant ce temps là Smaïn il essayait de carotte le prof, jlentendais qui disait, Oh msieu, jlai pas, mais c’est pas ma faute, il est chez la CPE, alors moi j’ai crié arrête de mytho, ton carnet il est dans ton sac, là dans la poche de devant. Et alors Smaïn il a ouvert la poche et il a fait ooooh mais alors, ooooh mais alors, mais msieu sur le Coran jsavais pas qu’il était là, et nous on lui a tous dit Pourquoi tu mens ? Msieu Devine il a dit Calmez-vous tous, et pour la sept ou huitième fois il a répété Bon l’art au début du XXe siècle change radicalement, vous avez vos livres ? Page 162. Et jlui ai dit, ben msieu j’ai pas de chaise. Là y s’est arrêté et y m’a regardé style il allait me bouffer, et les autres y zont rigolé, mais pas longtemps pasque Devine y s’est mis à gueuler, on voyait les veines de son cou, la Mecque on aurait dit qu’il avait mis les amplis. Et y m’a dit qu’y me virait. Un truc de ouf.

Alors j’ai pris mes affaires et je suis sorti. Et yavait Ibtissem avec moi, c’est la déléguée et il lui avait donné le mot d’exclusion de cours et jlui ai dit, franchement il abuse là, d’où il m’exclut ? Jvais pas suivre le cours debout tout de même ! Et elle elle m’a dit, mais arrête de dire n’importe quoi, à cause de ta faute on peut jamais travailler, la vérité tu nous fais chier, si j’ai pas mon brevet tu vas voir. J’ai rien répondu pasque je pensais comme ça qu’y zallaient téléphoner chez moi et que j’allais me manger des tartes de mon daron, après plus personne dirait que j’ai les oreilles décollées, et j’essayais d’inventer une histoire pour pas mourir. Alors on est arrivé à la salle de médiation, c’est là qu’on met tous les élèves exclus de cours pour qu’y se calment et qu’y fassent le travail que le prof il leur a donné, mais en général ça réussit moyen pasque les élèves si y zont été exclus c’est pasqu’y sont pas calmes et qu’y zont pas envie de travailler, alors si tu les mets tous ensemble c’est pas la peine. Mais là la porte elle était fermée à clé, alors avec Ibtissem on a pensé c’est quoi ce bordel ? Et là ya la CPE qui est passée en courant et elle nous a dit, Ya que deux surveillants pour tout le collège aujourd’hui, pas de médiation, retournez en cours. Woooo, j’ai fait, c’est quoi ce collège, c’est n’importe quoi et pis j’ai dit à Ibtissem, bon, laisse tomber, jvais dans la cour, ya Bandia il a des nouveaux jeux sur son portable. Mais elle a dit eh t’es fou ? Si on fait pas qu’est-ce que la CPE elle a dit on va se faire décalquer. Et bon, j’avais pas envie, mais en même temps, y restait qu’une demie-heure. Alors on est retourné.

Le prof il a fait une drôle de tête quand y nous a vu revenir, et Ibtissem elle a pas pu lui expliquer pasqu’il a dit, Oui Ibtissem, je sais, allez vous rasseoir en silence. Et en fait, dans la salle de classe, yavait Patrick. Alors jle vois et jlui dis, Ça va ? Tu t’es bien fight, mon frère ? Et lui y mrépond Ferme un peu ta gueule, yavait la BAC des deux côtés de la rue, on n’a pas pu sortir, et en plus ces bâtards y zont appelé chez moi, jvais me faire tuer. Alors le prof y dit Idriss, ça recommence déjà ? Et moi jlui réponds Non msieu, jsuis en train de dire à Patrick comme quoi c’est pas bien de sécher les cours. Et venir en cours pour casser les pieds du professeur, c’est comment ? y me demande. Alors jlui dis Eh msieu pourquoi vous dites ça, jvous casse les pieds moi ? Oui, il a répondu. Alors là ça m’a scotché. Jlai jamais traité, jviens à son cours, j’ai même presque la moyenne en histoire alors que ses contrôles y sont trop durs, et lui y dit que jlui casse les pieds ? Alors j’ai dit ben si c’est ça, jfais plus rien. Alleluia ! il a dit le prof (le prof, y srend pas compte qu’y doit nous parler en français si y veut qu’on le comprend). Et puis il a dit bon, Jean-Baptiste, tu nous lis le texte d’introduction, s’il te plaît, et Jibé il a dit Ben msieu j’ai pas de livre, alors le prof y s’est encore mis en colère, Non mais c’est maintenant que tu me le dis ? Le cours est commencé depuis une demie-heure ! il a gueulé comme ça. Et il est où d’abord ton livre ? Ben il est resté chez moi, il a répondu Jibé, et le prof y lui a dit Oui c’est sûr qu’il est bien plus utile posé sur ton bureau que dans cette salle de classe, et Jibé y lui a répondu Ben msieu j’ai pas de bureau chez moi, vous croyez que chuis Sarkozy ou quoi ? Et Devine il a passé la main dans sa barbe, et il a dit Smaïn, tu as ton livre, toi ? Oui, il a dit Smaïn, Alors lis-nous ce texte, il a dit le prof, Attendez msieu, il a dit Smaïn, et il est allé pour chercher le livre dans son sac, et on l’a taillé pasqu’il a failli renverser son portable, alors le prof il a dit laisse tomber, On va demander à une vraie élève de lire le texte, Lily, s’il te plaît, et Smaïn y venait de trouver son manuel, tout sale avec la couverture déchirée, Ouah t’as vu le vieux livre, j’ai dit, et Smaïn à ce moment là il a compris qu’est-ce que le prof il avait dit et il a rouspété, Ouah, qu’est-ce que ça veut dire ça, pourquoi vous dites que chuis pas un élève ? Je sais pas, il a répondu msieu Devine, j’ai donné une consigne de travail très simple il y a une demie-heure, cette consigne c’était ouvrez vos livres à la page 162, et cette consigne tu l’as toujours pas exécutée, qu’est-ce que je peux en tirer comme conclusion ? Mais je l’ai, mon livre, là, il a dit Smaïn, et le prof y lui a répondu c’est trop tard, alors Smaïn il a fait un geste comme ça avec ses bras, il a re-jeté le livre au fond de son sac en disant Ouah, ça fout la rage, ça. Et c’est vrai que msieu Devine, y tient pas assez compte de nos efforts et bon, des fois il est sympa et on rigole bien avec lui, mais ses contrôles y sont trop durs, il appelle chez nous, et y veut toujours remplacer ses cours quand il a été absent alors que c’est tout de même pas notre faute si il est absent !

Alors Lily elle a commencé à lire : « En 1907, un jeune peintre espagnol installé à Paris, Pablo Picasso… »
« Picasso ? » Patrick, rien que d’entendre le mot, ça l’a réveillé direct, on aurait dit un pit. Enfin un bébé pit. SILENCE ! il a gueulé le prof, et il a dit Lily, je te couvre, tu peux continuer, alors elle a lu « … Pablo Picasso termine une grande toile : Les Demoiselles d’Avignon. » (Et là j’ai pensé : le prof il a du bol, pasque si Camélia elle était là, elle commencerait à chanter Jeune demoiselle de Diam’s direct.
Jeune demoiselle recherche un mec mortel / Un mec qui pourrait me donner des ailes / Un mec fidèle et qui n'a pas peur qu'on l'aime / Donc si t'as les critères babe laisse moi ton e-mail) « Elle représente cinq femmes nues » (Quelqu’un a dit Ça se fait pas) « tournées vers le spectateur (sans doute des prostituées de la rue d’Avignon à Barcelone) » Et là ya quéqu’un qui a dit « Ronaldinho ! », mais Kamel il a demandé Quoi, c’est des putes sur le tableau là, et Jibé il a demandé Msieu jpeux avoir un livre ?, et même Patrick il a demandé à Ibtissem et Lily de lui filer un livre. Du coup personne n’a écouté Lily qui terminait le texte, « dans un décor de draperies, avec quelques fruits posés à leurs pieds. » Et le prof il a eu le temps de rien dire, Patrick il a dit Ouah, lvieux tableau ! Même Idriss y dessine mieux ! et pis aussi Et mais c’est vrai, ça c’est la gueule qu’elles ont les meufs de Picasso ! et là on a tous ri pasque lui y voulait parler des filles de la cité Picasso, pas du peintre bizarre, là. Le seul qui a pas ri, c’est Banushan pasque lui il est cool mais il est de la cité Picasso, et y s’est tourné vers Patrick et y lui a dit Picasso y t’emmerde, alors on a tous crié Oooooooooh ! Et puis quelqu’un a dit, Eh msieu qu’est-ce que vous écrivez, là ? et il a répondu Le nom des élèves dont je vais appeler les parents en sortant de cette salle de cours, et on a demandé Ya qui, ya qui, et il a fait comme ça Pas mal de monde, en fait.

Alors là ça s’est bien calmé, pasque les punitions, on les fait pas, les heures de colle, on y va pas, mais nos parents y rigolent pas, y en a qui cognent et Djeison y m’a même dit une fois que son daron lui avait confisqué sa Play, mais jcrois qu’y mythonne. Alors le prof il a pu faire son discours et il a dit Bon, c’est classique, votre première réaction devant ce tableau c’est de dire qu’il est très moche. Tous les élèves réagissent toujours de cette façon. Et là j’ai dit ben c’est normal, vu qu’il est vraiment moche. Lprof y m’a pas répondu, et il a continué Mais Picasso, il avait fait l’école des Beaux-Arts, c’était un excellent dessinateur, s’il avait voulu, il aurait pu sans problème faire un tableau avec un chaton et une fleur et vous auriez dit Oh, que c’est beau, on dirait une photo, on dirait que la fleur va miauler. Alors la question est : pourquoi a-t-il préféré faire un tableau de ce genre ? Ben il était bête, il a dit Smaïn. Le prof il lui a pas répondu et il a dit : d’après vous, est-ce que le but c’était de faire quelque chose de joli ? Ben non, on a dit. Alors c’était quoi le but ? Et moi jcomprenais pas pourquoi y nous posait toutes ces questions, pasque lui, la bonne réponse, il la connaît, alors pourquoi y nous la dit pas ? Y croit qu’on est au Maillon faible ou quoi ?

Alors comme jme faisais chier j’ai regardé Patrick et j’ai dit : Marie-Bernadette, vu que c’est le nom de sa mère. Et lui il a dit Nedjma, et j’ai dit Marie-Bernadette, et il a dit Nedjma, et j’ai dit Marie-Bernadette, et le prof il a hurlé QU’EST-CE QUE C’EST ENCORE QUE CE PETIT JEU A LA CON ! Mais msieu, on a rien fait ! Patrick et moi on a dit. Alors le prof il a fait, Idriss je ne peux pas t’exclure, mais je ne veux plus te voir, alors tu vas dans le couloir et tu y resteras jusqu’à la sonnerie. Alors Patrick il a golri et le prof il lui a dit Et toi, je te fais la promesse que tes parents seront convoqués chez la principale adjointe avant la fin de la semaine. Ouah ! il a fait Patrick, mais j’ai pas entendu la suite pasque j’étais déjà sorti. J’étais trop énervé, d’où y s’acharne sur moi, c’prof de merde ? J’ai rien fait ! Alors j’ai entendu que Smaïn y donnait des coups de pied dans le mur pour se foutre de ma gueule, c’est comme style si y m’envoyait un message, Tu t’es bien fait niquer, alors moi aussi j’ai donné des coups de pied dans le mur, et là le prof il est sorti d’un coup de sa salle mais y pouvait pas savoir que c’était moi pasque jmétais écarté du mur et y m’a dit, Tu tfous dma gueule ? Alors jlui ai dit d’abord, Msieu pourquoi vous mparlez mal, et pis ensuite j’ai dit Et d’abord j’ai rien fait, c’est Smaïn qui tape dans le mur. Et on a entendu une voix qui criait de la salle Mytho ! (C’était Smaïn.) Alors le prof y m’a dit, A la sonnerie tu m’attends, on ira chez la CPE, j’aurais des choses à lui raconter, Et moi j’ai répondu ouais, d’accord, on va la voir, jvais lui dire comment vous parlez mal aux élèves. Et juste là ça a sonné. Alors le prof il a dit Putain, et il est rentré dans la salle à toute vitesse, et moi aussi, j’ai récupéré mes affaires et j’ai tracé, et j’ai entendu qu’y criait après moi IDRISSSSSSSSSSS ! mais qu’est-ce tu crois, j’y suis pas allé. En même temps jpensais merde, merde, y va appeler chez moi à coup sûr, et j’ai pensé que Patrick il a du bol, lui ses deux parents y travaillent tard et y peut effacer les messages sur le répondeur avant qu’y reviennent, alors que moi mon daron il a filé son numéro de portable. Et là j’ai vu Moussa des 4° E, il était trop chaud, y m’a dit Ouah, Idriss, tu sais pas Mohamed ? Non, j’ai dit, qu’est-ce qui lui arrivé ? A tous les coups y s’est fait serrer par les keufs. Mais non, il a réussi à passer, y sont pas allés à l’Etoile pasque c’était blindés de keufs, mais à la place y sont allés au square Gagarine où yavait personne et y se sont péta avec les mecs de Picasso, et tu sais quoi, non, tu sais quoi, mais il a pas pu me dire pasque Ismaïl il est arrivé et y m’a dit Fils de pute, à cause de toi je mprends une journée d’exclusion, et y m’a attrapé comme ça et y voulait me mettre une balayette mais jme laissais pas faire, alors msieu Glazer il est arrivé et il a dit Vous révisez bien pour le contrôle, à c’que je vois, et nous on a dit Quoi ? Ya contrôle ? Vous nous l’avez pas dit ! Si mais vous n’écoutiez pas, y nous a répondu, et alors

 

[Consigne : imagine toi-même les deux autres heures de cours suivies par Idriss et ses camarades cette après-midi là.]

 

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6 juin 2008 5 06 /06 /juin /2008 12:02

Trouvée sur le site de l'Académie de Créteil, la liste des "dix compétences professionnelles des maîtres définies dans le cahier des charges de la formation des maîtres, publié en décembre 2006."

1 - Agir en fonctionnaire de l’État et de façon éthique et responsable 
2 - Maîtriser la langue française pour enseigner et communiquer
3 - Maîtriser les disciplines et avoir une bonne culture générale
4 - Concevoir et mettre en oeuvre son enseignement
5 - Organiser le travail de la classe
6 - Prendre en compte la diversité des élèves
7 - Évaluer les élèves
8 - Maîtriser les technologies de l’information et de la communication
9 - Travailler en équipe et coopérer avec les parents et les partenaires de l’école
10 - Se former et innover

Ça va mieux en le disant, mais tout de même...

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Published by Devine - dans Être prof
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4 juin 2008 3 04 /06 /juin /2008 22:49


Sortie au musée de la Renaissance. Les élèves sont sages, ou endormis. Ils discutent paisiblement de leurs programmes télévisés préférés. Je regarde le paysage par la fenêtre. Nous traversons Sarcelles, puis Villiers-le-Bel. Entre cette commune et Ecouen, la frontière est d’une netteté saisissante. D’un côté, des zones commerciales, des hard discounts, des agglomérats de petits pavillons moches ; et encore, nous restons à l’écart des grands ensembles. De l’autre côté, de jolies maisons, des jardins, une forêt, des champs même. On pourrait presque tracer une ligne rouge au sol pour marquer la limite entre ces deux territoires, qui semblent appartenir à deux pays, à deux mondes différents. Mais ce sont des villes limitrophes du département du Val d’Oise.

Dans le bois humide, nous parcourons un petit sentier qui mène au château. Je marche aux côtés de Rafiq, que ma collègue et moi-même avons identifié comme la principale source d’ennuis possibles. Ce garçon est plutôt gentil, mais il est bête comme ses pieds. Peu avant l’arrivée à Ecouen, il a remarqué un fort vilain gymnase en béton du plus pur style années 70 et m’a demandé : « Monsieur, c’est ça le château ? » Quand il essaie de se concentrer sur quelque chose, quand la discussion avec les copains devient passionnante, sa bouche s’entrouvre ; il lui arrive de bavoter. Il est assez susceptible et les autres aiment le taquiner, parce qu’il part au quart de tour et manque totalement d’esprit de répartie. J’ai parfois vu les bonnes élèves de la classe jouer avec lui comme s’il était un chaton. Elles le harcelaient de petites vannes et lui, rendu muet par l’indignation, se tournait vers l’une puis l’autre, bouche ouverte.

Rafiq. –Msieu, ya des phacochères, ici ?

Moi. –Non, Rafiq. Sois tranquille.

Medhi. –C’est quoi un phacochère ?

Moi. –Si ma mémoire est bonne, c’est une sorte de porc sauvage, qui vit au sud de l’Afrique.

Medhi. –Ah ouais, c’est un sanglier, en fait.

Moi. –Voilà.

Rafiq. –C’est gros un sanglier ?

Moi. –C’est pas très gros, mais c’est lourd et surtout très fort, parce que c’est en fait une boule de muscles.

Medhi. –Oh oui, msieu, j’ai vu un documentaire sur Animal Planet, y disaient qu’un sanglier peut peser jusqu’à 200 kilos !

Moi. –Tu vois Rafiq ?

Rafiq. –Et y’en a ici des sangliers ?

Moi. –Je vais te dire. Cette forêt est réputée pour être infestée de sangliers.

Rafiq. –Et on va en voir ?

Moi. –Je sais pas… c’est bien possible, en fait. Il pleut, et quand il pleut les champignons poussent. Et les sangliers, ils adorent ça. C’est trop leur kif, les champipis.

Rafiq. –Et mais qu’est-ce qu’on va faire si on en voit un ?

Moi. –Alors là…

Medhi. –Eh msieu, sur Animal Planet ils montraient un sanglier en train de charger, ouah ! Y renversait tout sur son passage !

Moi. –Evidemment ! Bon Rafiq, écoute-moi bien. Il y a une seule chose à faire. Si un sanglier nous charge, tu te mets à sautiller sur place en chantant très fort.

Rafiq. –En chantant quoi ?

Moi. -Je sais pas, moi… « Une souris verte », tu connais ?

Rafiq. –Ah ouais : « Une souris verte, qui courait dans l’herbe… »

Moi. –Non non, Rafiq. Pas maintenant. Seulement si le sanglier nous charge.

Le château d’Anne de Montmorency m’impressionne toujours autant, massif quadrilatère de pierres grises incrusté d’ornements, d’élégances renaissantes. Les époques se télescopent aussi autour de lui. Le bourg à peine grandi d’Ecouen est toujours blotti à son pied. Mais l’immense plaine qui s’étale au loin est semée de pylônes, et des avions de Roissy passent à basse altitude toutes les deux à trois minutes.

Dans le musée, une excellente conférencière intéresse les élèves au plafond emblématique de la chapelle, à l’épinette vénitienne, aux tapisseries qui racontent l’histoire de David et Bethsabée, à la Daphné d’or et de corail. Jean-Baptiste crâne un peu en exposant ses connaissances mythologiques, Majdouline et Mallaury prennent tellement de notes qu’elles ne regardent même plus les œuvres. Rafiq et Medhi se bornent à échanger quelques discrets coups de pied dans les mollets. Je suis un peu distrait moi-même. Je me sens attiré par les vitrines pleines d’objets bizarres et fascinants de l’exposition temporaire sur la médecine au XVIe siècle. Cette exposition, je ne la verrai pas. Comme il semble loin, le temps où j’allais au musée pour moi-même ! Ma vie culturelle est quasi-nulle depuis que j'enseigne. Ce que je sais, je l’ai appris il y a longtemps. La sensation d’abêtissement est grande et pénible.

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31 mai 2008 6 31 /05 /mai /2008 22:04

Moi, lisant le manuel. -Première question : "Montrez que les conditions de travail de ces enfants sont difficiles." Ah ah. Facile. Marius ?

Marius. -Eh mais msieu, y sont assis sur des chaises et y tiennent des petits bouts de fil de rien du tout. C'est pas difficile !

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29 mai 2008 4 29 /05 /mai /2008 22:30
Affichette placardée dans les couloirs du collège mardi :


Puis, jeudi, à la grille et en tous lieux visibles :
 
Voici au moins un aspect positif des évènements douloureux que nous vivons actuellement. Ils auront permis de rappeler que les parents doivent parler à leurs enfants. Et éventuellement, si cet effort ne les a pas complètement épuisés, les empêcher aussi d'emmener un marteau à l'école.

De l'avis général pourtant, le calme ne reviendra que quand il y aura eu un mort. C'est en particulier ce que pensent les voyous. On leur dit : "Mais ce mort, ça pourrait très bien être toi." Ils haussent les épaules.

Les autorités académiques font tout ce qu'elles peuvent pour éviter que les faits ne soient médiatisés, et empêcher ainsi une terrible émulation de crétinisme. Mais les conseils de classe du troisième trimestre vont bientôt avoir lieu, rendre leurs verdicts, et des centaines d'élèves se répandront alors dans la nature. Disponibles.

Les digues se craquellent. Je trouve nos deux petites affichettes nécessaires, et en même temps pathétiques. Non ?
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28 mai 2008 3 28 /05 /mai /2008 18:59

Les élèves de sixième rentrent dans la classe. Deux mots du cours de quatrième sont restés écrits au tableau. « C’est qui James Watt ? » demande Mike. « Ben c’est l’inventeur de la machine à vapeur », répond Ganeshkumaar aussi sec. J’en reste bouche bée. Je ne devrais pourtant pas être surpris. Voilà environ trois mois que je ne trouve plus la moindre erreur dans ses copies. Premier de la classe avec 19,8 de moyenne en histoire-géo, premier du collège avec 18,1 de moyenne générale. Poli, gentil, toujours prêt à rendre service. D’une famille très pauvre, originaire de Pondichéry. Ses deux sœurs aînées étaient sorties du même moule. Lors du dernier conseil de classe, je lui ai demandé avec gourmandise : « Il y a d’autres enfants plus jeunes dans ta famille ? » Mais malheureusement, non. –Et maintenant, je me rends compte que, sans avoir entendu la leçon, il en sait plus que la moitié de mes élèves de quatrième sur la Révolution industrielle. Nous avons de la chance que les parents, par ailleurs catholiques pratiquants, n’aient pas assez de sous pour l’envoyer dans le privé.



Onze heures vingt : des hurlements retentissent dans le couloir, des portes claquent. Je passe une tête curieuse et inquiète. Cindy-Lou pique une crise de nerf. C’est la cinquième ou sixième de l’année. J’apprendrai un peu plus tard qu’elle n’a pas été punie. Les CPE, la direction semblent considérer que son psychisme fragile requiert quelque ménagement. Du coup, c’est celui qu’elle a désigné comme le provocateur qui écope d’une heure de colle. Les autres élèves viennent se plaindre : « Ouais, Cindy-Lou, elle fait peur, alors du coup elle se permet n’importe quoi et y lui arrive jamais rien. » Je ne peux que les assurer de ma compréhension. J’aimerais la mettre une semaine à la porte du collège, qu’elle refroidisse. Mais ce genre de décision ne m’appartient pas.



Il est vrai que d’autres évènements se déroulent au même moment dans notre bel établissement. A la cantine, je me fais tout raconter. Contexte : des ados électrisés par les bagarres inter-cités ; chez les garçons, un taux de testostérone à son zénith. Deux élèves « jouaient » dans le couloir à se mettre des balayettes. L’un d’eux, plus habile, réussit à mettre son camarade à terre. Aussitôt, une bonne vingtaine de grands garçons se précipitent pour profiter de l’aubaine et rouent de coups le gamin. Ils visent la tête, la nuque. On disperse la joyeuse bande. Les pompiers arrivent et emportent la victime sur un brancard, son cou pris dans une minerve.

Mme Moutechaud, professeur d’espagnol, récupère sa classe surexcitée. Ils ont tout vu, ils y étaient ; il est même certain que plusieurs ont mis la main à la pâte. Elle renonce à faire cours et demande à chacun d’écrire sur un bout de papier son témoignage. Ce qu’elle ignore encore, c’est que les cogneurs se sont rapidement mis d’accord sur une version commune. Ils accablent un camarade de classe, qui pourtant n’a strictement rien fait. L’accusé innocent, fou de rage, donne un violent coup de poing dans le mur. Fracture ouverte du poignet. Il hurle. Les pompiers, qui fort heureusement n’avaient pas encore quitté l’établissement, ont toutes les peines du monde à lui administrer un antalgique.

La prof pique une crise de larmes. Elle nous explique après avoir repris son calme que ce n’est pas le spectacle de la souffrance physique qui l’a fait craquer. C’est celui de la veulerie des accusateurs.




Moi. –Eh mais Camélia, qu’est-ce que tu fais, là ?
Camélia. –Ben v’voyez bien, jrentre en cours.
Moi. –Certainement pas. Je t’ai dit que je ne t’accepterai plus tant que tu ne m’auras pas fait d’excuses.
Camélia. –Ouah, vous m’avez jamais dit ça !
Moi. –Eh bien je te le dis maintenant. Te voilà informée.
Camélia, sans me regarder et en mâchant son chewing-gum. –Je m’excuse. C’est bon, jpeux rentrer là ?
Moi. –Non. Je voulais parler d’excuses écrites. Quelque chose de réfléchi et, autant que possible, sincère.
Camélia. –Ah bah non, si c’est comme ça…
Et elle s’en va.
J’avais demandé que cette élève, insupportable et qui m’a plusieurs fois insulté, soit punie. Elle ne l’a pas été et ne le sera pas. La CPE la trouve sympathique et j’ai l’impression qu’elle la protège. Et puis au fond, insulter un professeur, dans un établissement où on voit des scènes de lynchage, c’est bénin.
J’espère au moins que je réussirai à barrer l’accès de mon cours à cette connasse de Camélia jusqu’à la fin de l’année. Il serait assez cocasse qu’on vienne me reprocher de l’empêcher de satisfaire à l’obligation légale d’assiduité scolaire.

Moi. –Ibtissem, tu peux te calmer ?
Ibtissem. –Mais c’est Otman, msieu ! Il est tout le temps retourné et il fait que des conneries.
Moi. –Otman, tu peux arrêter trente secondes ? Tu sais, au début de l’année, je te croyais intelligent, maintenant je me pose des questions.
Otman, sans trace de gêne. –Eh mais rgardez, msieu. Voilà, pour rire jlui fais ça. (Il lève les yeux au ciel jusqu’à ce qu’on n’en voie plus que le blanc). Et elle elle dit que si je continue jvais devenir aveugle. C’est pas vrai, hein ?
Moi. -Merci Otman. Maintenant, je ne me pose plus de questions.

Moi. –Et le principe du vaccin, c’est de stimuler les défenses naturelles qui sont en vous, et qui s’appellent…
Un bon tiers de la classe. –Actimel.
Je suis, de nouveau, bouche bée. Et je pense en même temps : voilà un publicitaire qui a bien fait son travail. Grâce à lui, le travail de Pasteur est beaucoup moins connu que celui de Danone.




A la fin de la journée, dans ce qui ressemble de plus en plus à un débriefing d’état-major, madame Léostic analyse les évènements de la journée.
-On a fait ce qu’on a pu, mais malheureusement, la violence est en train de rentrer dans l’établissement. Les bagarres entre cités continuent, on ne sait même pas pourquoi. Il paraît qu’il y a des affaires de cœur là-dessous. C’est West side story.
-Sauf que nos élèves chantent et dansent nettement moins bien.
-C’est vrai. Alors Picasso est en guerre avec Robespierre, Einstein avec Victor-Hugo…
-Et la cité Léon-Blum ?
-Ah non, Blum reste bien calme, c’est entièrement tenu par le bizness là-bas. –Ce qui rend les choses particulièrement dures, pour les policiers comme pour nous, c’est que plus personne ne veut parler. Le dernier jour, la BAC a réussi à coincer dans un bus une quarantaine de voyous, et le véhicule a été ramené sous bonne escorte jusqu’au commissariat le plus proche. A l’arrivée, le sol du bus était jonché d’armes par destination, barre de fer, tournevis, cutters, marteaux, etc. Mais personne n’a rien reconnu, et finalement il n’y a eu au terme de la garde à vue qu’une seule et unique mise en examen. Des policiers expérimentés menaient les interrogatoires, ils avaient en face d’eux des élèves de sixième ou de cinquième ; et bien ces petites gamins qui n’ont pas encore de poils au menton leur tenaient tête comme de vieux briscards. Ils disaient juste : « La dernière fois, Picasso a battu Robespierre, maintenant c’est la revanche, c’est normal. » Et surtout, ils refusaient catégoriquement de dénoncer qui que ce soit. Je ne sais pas si c’est par crainte ou pour une autre raison…
-Ah mais je pense que la crainte est une explication très, très secondaire de leur mutisme. Depuis des années et des années, les caïds de quartier répètent que dénoncer, c’est commettre la pire faute qui soit. Maintenant, c’est entré. Tout le monde ou presque l’a admis chez nos élèves. Au fond, on est tombé sur de meilleurs pédagogues que nous !




Ma femme refuse que notre fils regarde des dessins animés trop violents. « Mais moi j’aime la violence ! » pleure-t-il. Il est en pleine période « superhéros ». Il s’est lui-même transformé en Pingouinman.




Ah oui, au fait : on a gagné !


Ça n’aurait pas mérité une petite journée fériée, ça ?

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23 mai 2008 5 23 /05 /mai /2008 15:35

Dans le métro, à sept heures et quart du matin, les passagers encore ensommeillés de la ligne 13 jettent des regards inquiets sur un monsieur armé d’un stylo rouge. Il s’en sert pour annoter des copies et répète toutes les vingt secondes, de plus en plus distinctement : « Oh ! non. Oh ! tout de même. Oh ! mais qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu. Mais bordel, ils ne comprennent donc vraiment rien. Ou bien c’est moi ? Oh ! » L’équilibre mental de l’individu semble clairement altéré.

Vincent Lalande est mon élève pour la troisième année consécutive (le pauvre). Assis au fond de la classe, il ne bavarde pas, ne dessine pas, n’envoie pas de SMS, ne feuillette pas de manga. Il est là, se balance parfois sur sa chaise, applique les consignes un peu lentement mais sans rechigner. Il rêvasse et m’écoute par intermittence ; je suis son bruit de fond. Plutôt petit mais bien fait, c’est un sportif dont le bulletin trimestriel ne comporte en général qu’une bonne ligne, celle que remplit le professeur d’EPS. En classe, Vincent se plaint souvent d’avoir mal à la tête ou au ventre. Je ne lui connais aucune pathologie sérieuse, mais je ne crois pas qu’il bluffe quand il dit éprouver un malaise et demande à sortir : c’est son corps qui proteste contre l’immobilité, la position assise, l’enfermement. Il est fait pour l’exercice physique mais on ne lui en concède que trois ou quatre heures par semaine. Il est en revanche astreint à vingt-cinq heures de matières intellectuelles pour lesquelles il n’a aucun goût et très peu de capacités.

Sa copie est l’une de celles que j’annote. En échafaudant péniblement une phrase par ci par là, en ramassant les points qui récompensent les plus soigneux, Vincent arrive à 05/20 environ. Je lui donne les mêmes conseils depuis trois ans : écoute le cours, apprends tes leçons. L’année, avec lui, se déroule toujours de la même façon. En septembre et au lendemain des conseils de classe, il vient me trouver et m’informe qu’il a pris de bonnes résolutions. Sa sincérité est alors incontestable et sa bonne volonté fait plaisir à voir. Je lui réponds que je prends acte de ses promesses et je lui rappelle que, pour accomplir son rêve qui est de devenir pompier professionnel, il doit arriver jusqu’au niveau bac. Mais il est incapable de tenir plus de quelques jours et retombe rapidement dans son indolence habituelle. Il est poli, discret et n’a jamais posé le moindre problème de discipline. C’est assez remarquable chez un élève qui s’ennuie et pour qui l’école est la cause d’une souffrance diffuse. Les notions trop complexes, les raisonnements trop sophistiqués le heurtent, au sens propre du terme ; je vois alors son visage qui grimace comme à l’encaissement d’un coup. Je ne dirai pas qu’il est bête : il a la réaction d’un animal carnivore à qui on présente des brassées de foin pour toute nourriture. C’est un peu triste et je ne sais pas quoi faire. Cette année encore, le conseil de classe du troisième trimestre décidera sans doute d’un passage dans la classe supérieure : Vincent n’a rien fait de mal, et un redoublement ne ferait qu’aggraver son problème. Mais il n’a pratiquement rien appris depuis la sixième au moins.




Huit heures. Les professeurs d’histoire-géographie sont réunis pour rédiger un avis commun sur les nouveaux programmes. Parmi bien d’autres choses, les pédagogues du ministère manifestent leur intention d’atténuer l’européocentrisme du cursus. Cela donne, dans le concret, des changements limités mais frappants. L’Empire napoléonien passe pratiquement à l’as, tandis qu’on consacre trois heures en sixième à l’étude de la Chine ou de l’Inde classique, et autant en cinquième à celle d’un royaume africain. Ces initiatives divisent les enseignants. Profitant toutefois de l’absence pour cause de grève des internationalistes, les méchants chauvins (dont le soussigné) valident la réponse suivante :

« Un très vif attrait pour "la découverte de l'altérité" semble avoir présidé au travail des concepteurs. On nous dit par exemple, dans la présentation du programme de géographie de sixième, que l'une des missions des enseignants est de "donner le goût de l'ailleurs". Qu'il nous soit permis de dire que, dans l'académie de Créteil, il serait souhaitable de donner aux élèves, dans un premier temps, une connaissance minimale de l'ici. Celle-ci est en effet très loin d'être acquise à la fin du primaire, comme on feint de le croire. (…) Si certains collègues saluent l'ouverture du programme d’histoire sur les mondes non-européens, d'autres n'y voient qu'un gadget et un casse-tête pour l'enseignant. Qui sera suffisamment bon pédagogue pour expliquer à des élèves de sixième les ressorts d'une société bouddhiste et confucéenne comme la Chine des Han, le tout en trois heures ? (…) Nous paraît également regrettable la quasi-disparition de l'Empire byzantin, qui ne sera plus abordé que dans le cadre d'une comparaison avec les Empires carolingien et musulman : l'étude de Byzance et de l'orthodoxie était en effet la seule occasion offerte au cours des quatre années du collège de dire quelque mots de l'Europe centrale et orientale. S'il faut vraiment montrer aux élèves que l'histoire du monde ne se réduit pas à celle de l'Occident, ne serait-il pas plus pertinent de leur parler de cela que de l'Inde des Gupta ou du Monomotapa ? On remarque aussi la place très légère consacrée à l'Empire napoléonien, écrasé entre l'étude de la Révolution et celle du bilan que l'on peut en dresser en 1815. » Etc.


 

A la cantine, Maâme Galy est à la fois hilare et consternée.

« Ben comme d’habitude, j’ai mis
Alberto à la porte au bout de cinq minutes. Mais apparemment il a réussi à s’évader et il est allé dans la cour. Et là, il s’est posté sous mes fenêtres et il a commencé à m’appeler. ‘Madame. Madame ! Madaaaaaaaame ! MADAME GALYYYYY ! MADAME GALY JE VOUS AIME !’
-Tépapotib.
-Si si, jvous jure ! Il était deux étages plus bas et il gueulait, alors que j’étais avec les autres élèves de sa classe.
-Ouah, c’est beau au fond. Le balcon, ça fait penser à Roméo et Juliette » dit Catherine, toujours romantique. Nous en convenons bien volontiers : Alberto est un cancre ingérable, mais heureusement qu’il est là.


 

Sur le tee-shirt de Marius, cette inscription : « RÉVEILLEZ-MOI A LA FIN DU COURS. » OK, Marius, mais pas de somnambulisme, d’accord ?


 

Trouvé dans le carnet d’une élève, cette justification d’absence :

Bon d’accord, il s’agissait d’une fausse alerte à la bombe, mais ce petit billet plein de couleur locale me plaît beaucoup. Je crois que je vais le garder. Collector.



Je prends à part Ali, parachuté dans notre collège puis dans la classe dont je suis professeur principal après avoir été exclu de son précédent bahut par un conseil de discipline.

« Non mais franchement tu vois pas le jeu des autres élèves ? Je leur ai demandé de faciliter ton arrivée chez nous en évitant de te provoquer, mais eux ils préféreraient de loin que tu fasses le show. Ils sont tournés vers toi, là, comme des spectateurs, et ils n’attendent qu’une chose, c’est que tu dises ou fasses une imbécillité. Tu es leur bouffon ! Et toi, tu tombes dans le panneau. T’es arrivé ici depuis une semaine et tu commences déjà à faire n’importe quoi. Mais enfin, Ali, t’as pas l’air méchant, t’as pas l’air bête non plus, alors quoi ? Tu veux te manger un deuxième conseil de dis’, c’est ça ? Non mais faut le dire, à nous les profs, comme ça on saurait au moins à quoi s’en tenir. »

J’ai l’impression qu’il comprend ce que je lui dis et m’approuve. Mais une heure plus tard, il pourrit le cours de ma collègue de SVT. Il renoncerait volontiers à son statut, mais ses pairs réclament qu’il l’assume, et il n’a sans doute pas assez de force de caractère pour leur résister. Et ce qui rend la situation impossible, c’est qu’en plus, il plaît aux filles. Il n’est pas spécialement mignon, il a beaucoup d’acné. Mais ses démêlés avec l’institution lui confèrent un certain prestige, il est rigolo, cool, et nouveau. Trois filles au moins dans la classe ont manifestement le béguin pour lui. La sage Lenutsa est allée jusqu’à mettre un string blanc sous son survêt taille basse. Et
Naoufel va bientôt revenir de stage. La fin d’année s’annonce explosive.



Je retrouve en fin de journée la classe d’Alberto. Dans la cour de récréation, je dois payer de ma personne pour le protéger d’autres élèves qu’il a insultés et qui veulent le frapper. Il est en pleine forme depuis le début du printemps et donne sa pleine mesure –une grosse connerie par jour minimum. Je ne peux pas m’empêcher de taquiner l’affreux jojo.

« Alors Alberto, comme ça t’es amoureux de madame Galy ?

-Ouah msieu, qui c’est qui vous a dit ça ?

-Madame Galy elle-même, figure toi.

-Eh mais msieu, c’est même pas vrai.

-SIII ! disent tous les autres élèves. Tu criais comme un ouf ! Madame Galy elle était toute rouge et elle nous a demandé de fermer les volets, mais on continuait quand même de t’entendre.

-Ouah les gros mythos ! Msieu, jvous jure que j’ai rien fait. Si je mens, le diable y vient me prendre ce soir, et y m’emporte direct en enfer.

-Arrête un peu avec le diable, intervient Jude. Tu crois pas qu’il a autre chose à faire ? »



A la fin de la journée, Mme Léostic fait avec les quelques enseignants traînant en salle des profs le bilan des dernières journées. Un violent conflit inter-cités agite Staincy, Sud contre Nord ; il y a eu, depuis mercredi, 34 interpellations (mais on ne sait pas quel est le score). Quelques-uns de nos élèves ont goûté aux joies d’une première nuit en garde à vue ; un autre est à l’hôpital, sous assistance respiratoire. « A l’intérieur du collège, tout va très bien, dit-elle ; il y a une semaine que nous n’avons pas eu le plus petit accrochage. En revanche, de l’autre côté des grilles, c’est le règne de la barbarie. Rouer de coups, à vingt contre un, un enfant de douze ans, ça ne pose aucun problème. » Je lui dis qu’effectivement, j’ai parfois un peu l’impression de travailler dans la zone verte de Bagdad ; monsieur Malzieu, professeur de mathématiques, m’a raconté que mercredi dernier un agent de la BAC lui a interdit d’aller à la boulangerie qui se trouve à 150 mètres de l’entrée du collège.

Nous ne sommes pas visés. Les jeunes voyous sont tellement obnubilés par leur vendetta qu’ils ne nous accordent pas la moindre importance. Mais je ne sais pas combien de temps cette relative sécurité durera. Le dernier jour, plusieurs ados ont essayé d’entrer dans le collège en sautant les grilles. Contrairement à ce que vous pourriez croire, ce n’était pas des transfuges d’un établissement privé à la recherche d’un enseignement plus libéral, mais un corps expéditionnaire venu achever chez nous des règlements de compte commencés ailleurs. Le CPE, M. Paserot, les a refoulés, mais il a été lui-même molesté. Le principal et la principale-adjointe ne ferment plus jamais leur portable. Ils sont prêts en permanence à composer le 17 pour demander l’envoi immédiat d’un détachement de GIs.



Rachida, prof de français, me montre le petit film d’animation réalisé par ses élèves. Il a fallu pour cela leur faire lire le Roman de Renart, leur faire écrire un scénario original inspiré de cet ouvrage, leur faire fabriquer les décors, puis les marionnettes, leur faire mettre en scène chaque moment de l'intrigue, image par image, leur faire dire avec le ton les dialogues écrits par eux-mêmes. Eh bien Rachida, si tu me lis, je te le répète : je t’admire.

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21 mai 2008 3 21 /05 /mai /2008 10:17
Pour de premiers éléments de réponse, cliquez ici. Faites-moi plaisir, lisez au moins les trois premières pages. N'oubliez pas de répondre aux sondages "Pour ou contre le racisme" et "Vous pensé koi du sex pour ou contre?" Et laissez plein de commentaires sur les poèmes.

Et si vous en voulez encore, allez faire un tour par là.

 
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20 mai 2008 2 20 /05 /mai /2008 21:55

Réponses d'une élève de cinquième à des questions posées lors du devoir de fin de trimestre.
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